En bref · TL;DR
- Dans l’arthrose du genou (gonarthrose), les recommandations internationales placent l’activité physique adaptée, l’éducation et le contrôle du poids en traitement de première intention, avant les médicaments (OARSI 2019 ; EULAR 2023 ; NICE 2022 ; HAS).
- L’exercice diminue la douleur et améliore la fonction du genou : selon la revue Cochrane (Lawford 2024), l’amélioration de la douleur est de l’ordre de 9 à 13 points sur 100 selon la comparaison, un bénéfice réel mais dont l’ampleur clinique reste incertaine.
- Renforcement musculaire (notamment du quadriceps), endurance (marche, vélo, natation) et travail de la mobilité sont les composantes habituelles d’un programme.
- Une perte de poids en cas de surpoids ou d’obésité allège la contrainte sur le genou et renforce l’effet des exercices.
- L’activité physique présente très peu de risques d’effets indésirables, mais un avis médical ou kinésithérapique préalable est recommandé pour adapter le programme.
L’arthrose du genou, ou gonarthrose, est une atteinte fréquente du cartilage et de l’ensemble de l’articulation, responsable de douleurs, de raideur et d’une gêne pour la marche, les escaliers ou le lever d’une chaise. Longtemps perçue comme une simple « usure » contre laquelle on ne pourrait rien faire en dehors des médicaments ou de la chirurgie, elle fait aujourd’hui l’objet d’un consensus différent : les recommandations des principales sociétés savantes et autorités de santé considèrent l’activité physique adaptée comme la base du traitement. Loin d’une fatalité mécanique, la gonarthrose se prend en charge activement. Cet article fait le point, de façon éducative, sur ce que disent ces recommandations et sur la place de la kinésithérapie dans cette démarche.
Bouger n’« use » pas le genou : c’est l’inquiétude la plus répandue, et les recommandations internationales y répondent clairement. Loin d’abîmer l’articulation, l’activité physique adaptée est précisément le traitement de première intention de la gonarthrose (OARSI, EULAR, NICE, HAS), parce qu’elle diminue la douleur, améliore la fonction et présente très peu de risques d’effets indésirables. La crainte d’aggraver l’arthrose en l’utilisant est l’un des malentendus que l’éducation et la kinésithérapie aident justement à lever.
Pourquoi l’activité physique est-elle le traitement de première intention ?
Parce que les recommandations internationales s’accordent à placer l’exercice, l’éducation et le contrôle du poids au cœur de la prise en charge, avant les traitements médicamenteux ou chirurgicaux. Les recommandations de l’OARSI (Osteoarthritis Research Society International), d’après PubMed, décrivent un socle de « traitements de fond » (core treatments) non médicamenteux pour toute personne souffrant de gonarthrose : un programme d’exercices terrestres structuré, une éducation et une autogestion de la maladie, et une gestion du poids par l’alimentation lorsqu’elle est pertinente (Bannuru et al., 2019). DOI (PMID 31278997). La Haute Autorité de Santé (HAS) résume cette logique en indiquant que l’activité physique est le premier traitement de l’arthrose, avant les médicaments. Le guide du NICE britannique (NG226, 2022) place de même l’exercice thérapeutique en première ligne, accompagné d’une perte de poids en cas de surpoids.
Cette place de premier plan s’explique par un rapport bénéfice/risque favorable : l’exercice agit sur la douleur et la fonction, il est accessible et son risque d’effets indésirables est faible. Il ne s’oppose pas aux autres traitements, mais constitue le fondement sur lequel ceux-ci peuvent éventuellement venir s’ajouter selon la situation de chaque personne.
L’exercice réduit-il vraiment la douleur et améliore-t-il la fonction ?
Oui : les revues systématiques montrent que l’exercice terrestre diminue la douleur et améliore la fonction physique du genou, avec un bénéfice réel à court terme dont l’ampleur clinique reste toutefois incertaine. La revue Cochrane consacrée à l’exercice dans l’arthrose du genou, mise à jour en 2024 (Lawford et al., 139 essais et 12 468 participants, d’après PubMed), rapporte que l’exercice améliore la douleur d’environ 8,7 points sur 100 par rapport à un groupe témoin recevant une attention équivalente ou un placebo, et d’environ 13 points sur 100 par rapport à l’absence de traitement ou aux soins habituels ; l’amélioration de la fonction physique est du même ordre (environ 11 à 13 points sur 100 selon la comparaison). DOI (PMID 39625083). Par honnêteté, il faut préciser deux limites soulignées par les auteurs eux-mêmes : le niveau de certitude est jugé faible à modéré, et ces gains se situent autour des seuils de « différence minimale cliniquement importante » sans toujours les dépasser — autrement dit, le bénéfice moyen est avéré mais son importance ressentie varie d’une personne à l’autre.
La version antérieure de cette revue (Fransen et al., 2015, d’après PubMed) avait déjà conclu que l’exercice terrestre apporte un bénéfice à court terme sur la douleur et la fonction, maintenu pendant au moins 2 à 6 mois après la fin du programme encadré. DOI (PMID 26405113). Le maintien de l’activité dans la durée est d’ailleurs souligné par la mise à jour des recommandations EULAR (Moseng et al., 2024) : techniques de changement de comportement et adhésion au long cours conditionnent la persistance des effets.
Quels types d’exercices sont recommandés dans la gonarthrose ?
Un programme combine généralement renforcement musculaire, exercices d’endurance (aérobie) et travail de la mobilité, adapté aux capacités et aux préférences de la personne. Les recommandations ne privilégient pas une seule « bonne » modalité : l’EULAR (Moseng et al., 2024, d’après PubMed) propose au choix renforcement, aérobie, souplesse ou travail neuromoteur, l’essentiel étant une activité régulière, progressive et tolérée. DOI (PMID 38212040). Les composantes habituellement décrites sont les suivantes :
- Renforcement musculaire, notamment des muscles de la cuisse (quadriceps) et de la hanche, qui soutiennent et stabilisent le genou.
- Exercices d’endurance à faible impact : marche, vélo ou vélo d’appartement, natation et activités en piscine, qui sollicitent l’articulation sans contrainte excessive.
- Travail de la mobilité et de la souplesse pour entretenir l’amplitude du genou et limiter la raideur.
- Exercices d’équilibre, utiles notamment chez les personnes âgées pour la marche et la prévention des chutes.
Le NICE comme l’EULAR insistent sur l’adaptation de la dose (intensité, durée, progression) et sur l’intérêt de séances supervisées au début, le temps d’acquérir les bons gestes, avant de poursuivre en autonomie.
Vous êtes concerné par cette situation ? Je peux vous orienter : 06 13 36 35 92 (message vocal) ou par SMS, sinon william.legendre@phoeniks.fr. Ni le SMS ni la messagerie vocale ne sont sécurisés : vos coordonnées suffisent, n’y indiquez rien de médical. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale. Information éducative, qui ne remplace ni un diagnostic ni une consultation.
Le contrôle du poids change-t-il quelque chose ?
Oui : en cas de surpoids ou d’obésité, une perte de poids est associée à une amélioration des symptômes du genou et fait partie du socle de prise en charge. Le genou supporte une part importante du poids du corps à chaque pas ; réduire l’excès de charge allège donc la contrainte mécanique sur l’articulation. Le surpoids et l’obésité sont par ailleurs des facteurs de risque reconnus d’apparition et d’aggravation de l’arthrose du genou (Moseng et al., 2024, d’après PubMed). L’OARSI intègre la gestion du poids par l’alimentation parmi ses traitements de fond, et l’EULAR retient le maintien d’un poids de forme et la perte de poids en cas de surpoids ; sa revue de la littérature conclut à un bénéfice des interventions de perte de poids sur la douleur et la fonction, l’effet le plus marqué étant observé pour les approches combinant alimentation et exercice. DOI (PMID 38212040). Le NICE note dans le même sens que la perte de poids est généralement associée à une amélioration des symptômes et de la qualité de vie, en particulier pour l’arthrose du genou. L’association d’une activité physique régulière et d’un contrôle du poids agit de façon complémentaire.
L’exercice permet-il d’éviter ou de retarder la chirurgie ?
L’activité physique adaptée et la prise en charge non chirurgicale constituent la première étape recommandée ; la chirurgie n’est envisagée que dans un second temps, lorsque les symptômes restent invalidants. Les recommandations situent la prothèse de genou en fin de parcours, après que les traitements de fond, conservateurs, ont été mis en œuvre. Pour beaucoup de personnes, un programme d’exercices et une gestion globale (éducation, poids, antalgiques si besoin) permettent de mieux vivre avec la gonarthrose. Il n’est pas possible de garantir individuellement qu’un patient évitera la chirurgie ; l’objectif réaliste de l’activité physique est de réduire la douleur, d’améliorer la fonction et la qualité de vie, et d’optimiser la prise en charge avant toute décision chirurgicale. Lorsqu’une prothèse est posée, la kinésithérapie reste un élément clé de la récupération.
Quelle est la place de l’éducation et de la kinésithérapie ?
L’éducation et l’autogestion accompagnent l’exercice : comprendre la maladie, lever certaines craintes et apprendre à doser son activité font partie intégrante du traitement. Toutes les recommandations associent l’information du patient et un programme d’exercices : l’EULAR place même la délivrance d’information, d’éducation et de stratégies d’autogestion en tête de ses priorités de mise en œuvre, car combiner l’exercice thérapeutique avec une explication de ses bénéfices produit de plus grands effets que chaque mesure isolée. Dans ce cadre, la kinésithérapie consiste à évaluer les capacités de la personne, à élaborer un programme d’exercices progressif et personnalisé, à enseigner les bons mouvements et à accompagner le maintien d’une activité régulière. En France, le médecin peut également orienter vers des structures proposant des programmes d’activité physique adaptée (APA), encadrés par des professionnels formés.
| Recommandation / revue | Année | Message clé sur l’activité physique dans la gonarthrose |
|---|---|---|
| OARSI (Bannuru et al.) | 2019 | Exercice terrestre structuré, éducation/autogestion et gestion du poids = traitements de fond non médicamenteux pour tous. |
| EULAR (Moseng et al., mise à jour 2023) | 2024 | L’exercice est l’option de fond la mieux étayée (preuve 1a) ; importance du maintien dans le temps ; plan individualisé, éducation, perte de poids si surpoids. |
| NICE (NG226) | 2022 | Prise en charge de première intention : exercice thérapeutique adapté et perte de poids si surpoids ; séances supervisées à envisager. |
| HAS | 2023 | L’activité physique est le premier traitement de l’arthrose, avant les médicaments ; amélioration de la qualité de vie à court et long terme. |
| Cochrane (Lawford et al.) | 2024 | L’exercice améliore la douleur (≈ 9 à 13 points/100 selon la comparaison) et la fonction ; bénéfice réel, importance clinique incertaine. |
« Les traitements de fond recommandés pour l’arthrose du genou, dans tous les cas, sont non médicamenteux : une éducation à l’arthrose et un programme d’exercices terrestres structuré, avec ou sans gestion du poids par l’alimentation. »
D’après Bannuru et al., recommandations OARSI, Osteoarthritis and Cartilage, 2019 (d’après PubMed). DOI (PMID 31278997).
Questions fréquentes
Bouger ou faire de l’exercice « use-t-il » le cartilage du genou ?
Non. C’est une idée reçue fréquente. L’activité physique adaptée est au contraire le traitement de première intention de la gonarthrose (OARSI, EULAR, NICE, HAS), car elle diminue la douleur et améliore la fonction tout en présentant très peu de risques d’effets indésirables. Un avis médical ou kinésithérapique préalable permet d’adapter le programme à votre situation.
Puis-je continuer à marcher, faire du vélo ou nager ?
Oui. La marche, le vélo (ou vélo d’appartement), la natation et les activités en piscine font partie des exercices d’endurance à faible impact habituellement recommandés : ils sollicitent l’articulation sans contrainte excessive. L’idéal est une activité régulière, progressive et bien tolérée, adaptée à vos capacités et à vos préférences.
Faut-il arrêter si j’ai un peu mal pendant les exercices ?
L’objectif est une activité régulière, progressive et tolérée, dont on adapte la dose (intensité, durée, progression). Des séances supervisées au début, le temps d’acquérir les bons gestes, aident à doser correctement avant de poursuivre en autonomie. En cas de doute sur la douleur, un masseur-kinésithérapeute ou un médecin peut ajuster votre programme.
Au bout de combien de temps peut-on espérer une amélioration ?
Les revues systématiques montrent un bénéfice à court terme sur la douleur et la fonction, maintenu pendant au moins 2 à 6 mois après la fin du programme encadré (Fransen et al., 2015). L’ampleur ressentie varie toutefois d’une personne à l’autre. La régularité et le maintien de l’activité dans la durée conditionnent la persistance des effets.
Devrai-je faire ces exercices toute ma vie ?
Le maintien de l’activité dans le temps est important : la mise à jour des recommandations EULAR (Moseng et al., 2024) souligne que l’adhésion au long cours conditionne la persistance des bénéfices. La kinésithérapie vise précisément à vous rendre autonome pour poursuivre une activité régulière, après une phase initiale d’accompagnement.
Perdre du poids fait-il vraiment une différence sur le genou ?
Oui, en cas de surpoids ou d’obésité. Le genou supporte une part importante du poids du corps à chaque pas : réduire l’excès de charge allège la contrainte sur l’articulation et est associé à une amélioration des symptômes. L’effet le plus marqué est observé lorsque l’alimentation est combinée à l’exercice (EULAR, Moseng et al., 2024).
Pour aller plus loin
- Rééducation après prothèse de genou
- Arthrose de la hanche (coxarthrose)
- Rupture du ligament croisé antérieur (LCA) : rééducation et reprise du sport
- Comprendre la douleur chronique
- Syndrome fémoro-patellaire (douleur antérieure du genou)
- Comparatif des preuves sur l’arthrose : exercice, infiltration et chirurgie
- Glossaire : prothèse totale de genou
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur les recommandations (HAS, sociétés savantes) et la littérature scientifique (revues systématiques et méta-analyses). Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. En France, la kinésithérapie de la gonarthrose (programme d’exercices adapté) est réalisée sur prescription médicale.
Sources
- Bannuru RR, Osani MC, Vaysbrot EE, et al. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage, 2019. DOI (PMID 31278997).
- Moseng T, Vliet Vlieland TPM, Battista S, et al. EULAR recommendations for the non-pharmacological core management of hip and knee osteoarthritis: 2023 update. Annals of the Rheumatic Diseases, 2024. DOI (PMID 38212040).
- Lawford BJ, Hall M, Hinman RS, et al. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database Syst Rev. 2024;12(12):CD004376. DOI (PMID 39625083).
- Fransen M, McConnell S, Harmer AR, et al. Exercise for osteoarthritis of the knee: a Cochrane systematic review. Br J Sports Med. 2015. DOI (PMID 26405113).
- NICE. Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management. Guideline NG226, 2022.
- Haute Autorité de Santé (HAS). L’activité physique pour votre santé — Arthrose des membres, 2023.