En bref · TL;DR
- Dans l’arthrose de la hanche (coxarthrose), les recommandations internationales placent l’exercice et l’éducation au cœur de la prise en charge, en première intention (OARSI 2019, EULAR 2023).
- L’OARSI 2019 retient l’éducation et l’exercice en charge comme recommandation forte (« strong recommendation ») pour la hanche.
- L’EULAR 2023 fait de l’exercice une recommandation centrale et précise que l’activité physique est recommandée quel que soit le stade de l’arthrose ; le niveau d’accord global de ses recommandations se situe entre 9,2 et 9,8 sur 10.
- Côté médicaments, en France le paracétamol est proposé en première intention et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en deuxième intention, sur une durée courte.
- La chirurgie (prothèse de hanche) n’est envisagée que dans un second temps, lorsque les symptômes restent invalidants malgré la prise en charge non chirurgicale.
Bouger n’use pas votre hanche : dans la coxarthrose, l’activité physique adaptée est au contraire le traitement de première intention, avant les médicaments ou la chirurgie. L’arthrose de la hanche, ou coxarthrose, est une atteinte fréquente de l’articulation entre le bassin et le fémur, responsable de douleurs à l’aine ou à la cuisse, d’une raideur et d’une gêne pour la marche, l’habillage ou le fait de monter en voiture. Longtemps perçue comme une simple « usure » contre laquelle on ne pourrait rien faire en dehors des médicaments ou de la chirurgie, elle fait aujourd’hui l’objet d’un autre consensus : les recommandations des principales sociétés savantes placent l’activité physique adaptée et l’éducation à la base du traitement. Cet article fait le point, de façon éducative, sur ce que disent ces recommandations et sur la place de la kinésithérapie dans cette démarche.
L’exercice est-il efficace dans l’arthrose de hanche ?
Oui : les recommandations internationales placent l’exercice et l’éducation en première intention dans la prise en charge de la coxarthrose, avant les traitements médicamenteux ou chirurgicaux. Cette place repose sur une méta-analyse de référence : la revue Cochrane de Fransen et coll. (2014), qui a regroupé 10 essais contrôlés randomisés. D’après PubMed, elle conclut, avec un niveau de preuve élevé (GRADE), que l’exercice à sec (« land-based ») réduit la douleur (différence moyenne standardisée −0,38 ; IC à 95 % −0,55 à −0,20) et améliore la fonction physique (−0,38 ; IC à 95 % −0,54 à −0,05) juste après le traitement, soit une amélioration d’environ 8 points sur 100 pour la douleur et 7 points sur 100 pour la fonction ; le bénéfice sur la douleur se maintient au moins trois à six mois après l’arrêt du suivi. Les recommandations s’appuient sur ce type de données. Celles de l’OARSI (Osteoarthritis Research Society International) de 2019 retiennent, pour la hanche, l’éducation et l’exercice en charge comme une recommandation forte (« strong recommendation »). Les recommandations EULAR de 2023, consacrées à la prise en charge non pharmacologique de l’arthrose de la hanche et du genou, font de l’exercice une recommandation centrale et soulignent que les traitements non pharmacologiques sont essentiels pour réduire la douleur et améliorer la fonction et la qualité de vie. Elles précisent que l’activité physique est recommandée quel que soit le stade de l’arthrose.
Cette place de premier plan s’explique par un rapport bénéfice/risque favorable : l’exercice agit sur la douleur et la fonction, il est accessible et son risque d’effets indésirables est faible. Il ne s’oppose pas aux autres traitements, mais constitue le fondement sur lequel ceux-ci peuvent éventuellement venir s’ajouter selon la situation de chaque personne. Le niveau d’accord global des recommandations EULAR 2023 entre les experts du groupe de travail se situe, selon les items, entre 9,2 et 9,8 sur une échelle de 0 à 10.
Quels types d’exercices sont recommandés dans la coxarthrose ?
Un programme associe généralement renforcement musculaire, exercices d’endurance (aérobie) et travail de la mobilité, adapté aux capacités et aux préférences de la personne. Les recommandations ne privilégient pas une seule « bonne » modalité : l’essentiel est une activité régulière, progressive et tolérée. L’EULAR 2023 insiste d’ailleurs sur un plan de prise en charge individualisé et sur l’adaptation de la dose (intensité, durée, progression) de l’exercice. Les composantes habituellement décrites sont les suivantes :
- Renforcement musculaire, notamment des muscles de la hanche et de la cuisse, qui soutiennent et stabilisent l’articulation.
- Exercices d’endurance à faible impact : marche, vélo ou vélo d’appartement, natation et activités en piscine, qui sollicitent l’articulation sans contrainte excessive.
- Travail de la mobilité et de la souplesse pour entretenir l’amplitude de la hanche et limiter la raideur.
- Exercices d’équilibre, utiles notamment chez les personnes âgées pour la marche et la prévention des chutes.
L’EULAR souligne aussi l’intérêt de séances supervisées au début, le temps d’acquérir les bons gestes, avant de poursuivre en autonomie, ainsi que des techniques de changement de comportement pour entretenir l’activité dans la durée.
Vous êtes concerné par cette situation ? Je peux vous orienter : 06 13 36 35 92 (message vocal) ou par SMS, sinon william.legendre@phoeniks.fr. Ni le SMS ni la messagerie vocale ne sont sécurisés : vos coordonnées suffisent, n’y indiquez rien de médical. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale. Information éducative, qui ne remplace ni un diagnostic ni une consultation.
Faut-il perdre du poids en cas d’arthrose de hanche ?
La perte de poids n’est pas retenue comme un traitement spécifique de la hanche, à la différence du genou : pour la coxarthrose, les preuves sont moins directes. Les recommandations OARSI de 2019 ne formulent pas la gestion du poids comme une recommandation propre à la hanche aussi nette que pour le genou, faute de preuves spécifiques suffisantes. Il ne faut donc pas en conclure que « maigrir traite » l’arthrose de hanche. En revanche, dans une logique générale de santé, l’Assurance Maladie rappelle que le surpoids peut aggraver l’arthrose et qu’une perte de poids, lorsqu’elle est nécessaire, est bénéfique. Les recommandations EULAR 2023, qui couvrent la hanche et le genou, retiennent par ailleurs le maintien d’un poids de forme et la perte de poids en cas de surpoids parmi les mesures du socle non pharmacologique.
Quels médicaments en cas de coxarthrose ?
Les médicaments viennent en complément de l’activité physique, pour soulager la douleur : en France, le paracétamol est proposé en première intention et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en deuxième intention, sur une durée courte. Selon l’Assurance Maladie, qui s’appuie sur les travaux de la Haute Autorité de Santé (HAS), le paracétamol est l’antalgique proposé en premier lieu pour calmer la douleur de l’arthrose. Les AINS, par voie orale ou locale, peuvent être utilisés en deuxième intention, sur une durée la plus courte possible, en raison de leurs effets indésirables potentiels. Ces traitements ne modifient pas l’évolution de l’arthrose : ils visent à soulager les symptômes et à permettre le maintien de l’activité physique, qui reste le fondement de la prise en charge.
Quand envisager la chirurgie (prothèse de hanche) ?
La prise en charge non chirurgicale (exercice, éducation, antalgiques si besoin) constitue la première étape ; la prothèse de hanche n’est envisagée que dans un second temps, lorsque les symptômes restent invalidants. Les recommandations situent la chirurgie prothétique en fin de parcours, après que les traitements de fond conservateurs ont été mis en œuvre. Pour beaucoup de personnes, un programme d’exercices et une gestion globale permettent de mieux vivre avec la coxarthrose. Il n’est pas possible de garantir individuellement qu’une personne évitera la chirurgie ; l’objectif réaliste de l’activité physique est de réduire la douleur, d’améliorer la fonction et la qualité de vie, et d’optimiser la prise en charge avant toute décision chirurgicale. Lorsqu’une prothèse de hanche est posée, la kinésithérapie reste un élément clé de la récupération.
Quelle est la place de l’éducation et de la kinésithérapie ?
L’éducation et l’autogestion accompagnent l’exercice : comprendre la maladie, lever certaines craintes et apprendre à doser son activité font partie intégrante du traitement. Les recommandations associent l’information du patient et un programme d’exercices ; l’EULAR 2023 retient d’ailleurs l’information, l’éducation et l’autogestion parmi ses recommandations. Dans ce cadre, la kinésithérapie consiste à évaluer les capacités de la personne, à élaborer un programme d’exercices progressif et personnalisé, à enseigner les bons mouvements et à accompagner le maintien d’une activité régulière. En France, le médecin peut également orienter vers des structures proposant des programmes d’activité physique adaptée (APA), encadrés par des professionnels formés.
| Recommandation | Année | Message clé sur l’activité physique dans la coxarthrose |
|---|---|---|
| OARSI (Bannuru et coll.) | 2019 | Pour la hanche, l’éducation et l’exercice en charge sont une recommandation forte ; la gestion du poids n’est pas retenue comme soin spécifique à la hanche. |
| EULAR (Moseng et coll.) | 2023 | L’exercice est une recommandation centrale ; activité physique recommandée quel que soit le stade ; plan individualisé, éducation. Accord global des recommandations : 9,2 à 9,8/10. |
| Ameli / HAS (position française) | — | Paracétamol en première intention, AINS en deuxième intention sur une durée courte ; l’activité physique reste le traitement de fond. |
« Les traitements non pharmacologiques sont considérés comme essentiels pour réduire la douleur et améliorer la fonction et la qualité de vie » dans l’arthrose de la hanche et du genou. Le plan de prise en charge, individualisé, comprend l’information et l’éducation, l’exercice avec une adaptation de la dose et de la progression, et le maintien d’un poids de forme.
EULAR, recommandations pour la prise en charge non pharmacologique de l’arthrose de la hanche et du genou (mise à jour 2023), Moseng et coll., Annals of the Rheumatic Diseases, 2024
Questions fréquentes
Bouger « use-t-il » davantage ma hanche ?
Non. C’est une idée reçue fréquente. Les recommandations internationales placent au contraire l’exercice et l’éducation en première intention dans la coxarthrose, avant les médicaments ou la chirurgie : l’activité physique réduit la douleur et améliore la fonction, avec un risque d’effets indésirables faible (OARSI 2019, EULAR 2023). L’EULAR 2023 précise même que l’activité physique est recommandée quel que soit le stade de l’arthrose. Un avis médical ou kinésithérapique préalable permet d’adapter le programme à votre situation.
Puis-je continuer à marcher, faire du vélo ou nager ?
Oui. La marche, le vélo (ou vélo d’appartement), la natation et les activités en piscine font partie des exercices d’endurance à faible impact habituellement recommandés : ils sollicitent l’articulation sans contrainte excessive. L’idéal est une activité régulière, progressive et bien tolérée, adaptée à vos capacités et à vos préférences.
Faut-il se reposer ou bouger si j’ai un peu mal ?
L’objectif visé est une activité régulière, progressive et tolérée, dont on adapte la dose (intensité, durée, progression). Des séances supervisées au début, le temps d’acquérir les bons gestes, aident à doser correctement avant de poursuivre en autonomie. En cas de doute sur la douleur, un masseur-kinésithérapeute ou un médecin peut ajuster votre programme.
Au bout de combien de temps peut-on espérer une amélioration ?
La revue Cochrane de référence (Fransen et coll., 2014) montre un bénéfice sur la douleur et la fonction juste après le programme, le bénéfice sur la douleur se maintenant au moins trois à six mois après l’arrêt du suivi. L’ampleur ressentie varie toutefois d’une personne à l’autre, et la régularité dans la durée conditionne la persistance des effets.
Vais-je forcément finir avec une prothèse de hanche ?
Pas nécessairement. La prise en charge non chirurgicale (exercice, éducation, antalgiques si besoin) constitue la première étape ; la prothèse n’est envisagée que dans un second temps, lorsque les symptômes restent invalidants malgré cette prise en charge. Pour beaucoup de personnes, un programme d’exercices et une gestion globale permettent de mieux vivre avec la coxarthrose. Il n’est pas possible de garantir individuellement qu’une personne évitera la chirurgie ; et lorsqu’une prothèse est posée, la kinésithérapie reste un élément clé de la récupération.
La douleur se situe dans l’aine : est-ce bien la hanche ?
La coxarthrose touche l’articulation entre le bassin et le fémur et se manifeste souvent par une douleur à l’aine ou à la cuisse, avec une raideur et une gêne pour la marche, l’habillage ou le fait de monter en voiture. Seul un professionnel de santé peut poser le diagnostic. Cet article est éducatif et ne remplace pas une consultation : en cas de douleur persistante, parlez-en à votre médecin.
Pour aller plus loin
- Arthrose du genou (gonarthrose) : l’activité physique en première intention
- Arthrose hanche/genou : exercice, infiltration, chirurgie — ce que disent les niveaux de preuve
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur les recommandations (HAS, sociétés savantes) et la littérature. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. En France, la kinésithérapie de la coxarthrose (programme d’exercices personnalisé) est réalisée sur prescription médicale.
Sources
- Fransen M, McConnell S, Hernandez-Molina G, Reichenbach S. Exercise for osteoarthritis of the hip. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014. DOI ↗ (PMID 24756895)
- Bannuru RR, Osani MC, Vaysbrot EE, et al. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage, 2019. DOI ↗ (PMID 31278997)
- Moseng T, Vliet Vlieland TPM, Battista S, et al. EULAR recommendations for the non-pharmacological core management of hip and knee osteoarthritis: 2023 update. Annals of the Rheumatic Diseases, 2024. DOI ↗ (PMID 38212040)
- Assurance Maladie (ameli.fr), d’après la Haute Autorité de Santé (HAS). Arthrose : traitement et prise en charge (activité physique, paracétamol, AINS). Consulté en 2026.