En bref · TL;DR
- Le « sport sur ordonnance » désigne l’activité physique adaptée (APA) prescrite : une thérapeutique non médicamenteuse intégrée au parcours de soins. Le dispositif est issu de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016, son décret d’application étant entré en vigueur le 1ᵉʳ mars 2017 (Légifrance ; sports.gouv.fr).
- Cela concerne en priorité les patients en affection de longue durée (ALD) — parmi la trentaine d’ALD : diabète, cancer, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, dépression… — et, depuis 2017, plus largement les malades chroniques, les personnes à facteurs de risque ou en perte d’autonomie (ameli.fr).
- La prescription est un acte médical : c’est le médecin qui prescrit ; depuis l’arrêté du 25 avril 2025, les infirmiers en pratique avancée (IPA) peuvent aussi primo-prescrire l’APA (Légifrance ; ameli.fr).
- Remboursement : non. L’APA n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie. Une expérimentation de remboursement pour les malades du cancer a été votée dans la LFSS 2024, mais son décret d’application n’est pas paru. Certaines mutuelles, ARS ou collectivités participent au financement, de façon variable (ameli.fr).
- Les bénéfices de l’activité physique sont solidement établis dans de nombreuses maladies chroniques, à condition d’un encadrement adapté (kinésithérapeute, enseignant en APA, éducateur sportif formé). L’intensité et le bénéfice attendu dépendent de la pathologie (Pedersen & Saltin 2015).
« Mon médecin m’a parlé de sport sur ordonnance : est-ce que c’est remboursé ? » La question revient souvent, et la réponse honnête surprend. Derrière l’expression « sport sur ordonnance » se cache un dispositif officiel — l’activité physique adaptée (APA) — encadré par la loi depuis 2016. Mais entre ce que la prescription permet, qui peut en bénéficier, qui peut la signer et ce qui est réellement pris en charge, les idées reçues sont nombreuses. Cet article fait le point, dans une perspective éducative et factuelle, sur ces quatre questions — sans rien promettre que la réglementation ne tient pas.
Note d’honnêteté : cet article décrit un cadre réglementaire qui évolue. Les faits ci-dessous (dates, prescripteurs, prise en charge) sont rapportés d’après les sources officielles françaises (Légifrance, ameli.fr, ministère des Sports) à jour de juin 2026. La prise en charge financière reste hétérogène selon les territoires et les complémentaires : vérifiez toujours votre situation auprès de votre caisse et de votre mutuelle.
C’est quoi, le « sport sur ordonnance » et l’APA ?
Le « sport sur ordonnance » désigne l’activité physique adaptée (APA) : une activité physique prescrite par un professionnel de santé comme une thérapeutique non médicamenteuse, intégrée au parcours de soins. Il ne s’agit pas de « faire du sport » au sens compétitif : l’APA est un programme d’exercices ajusté à l’état de santé, aux capacités et aux objectifs de la personne. Le dispositif est né de l’article 144 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, rendu applicable par le décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016, entré en vigueur le 1ᵉʳ mars 2017 (Légifrance).
L’Assurance maladie présente l’APA comme une « thérapeutique non médicamenteuse » dont les bénéfices ont été démontrés pour freiner l’évolution de certaines maladies, limiter leurs complications et prévenir la perte d’autonomie (ameli.fr). Concrètement, l’APA peut être dispensée par différents intervenants selon le profil de la personne : des professionnels de santé (notamment les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens), des enseignants en activité physique adaptée (APA-S) ou des éducateurs sportifs formés (sports.gouv.fr).
Qui peut en bénéficier ?
En priorité les patients atteints d’une affection de longue durée (ALD) — il en existe une trentaine — et, depuis 2017, plus largement les malades chroniques, les personnes à facteurs de risque ou en perte d’autonomie. Le dispositif initial de 2016-2017 visait les personnes en ALD : la liste réglementaire comporte une trentaine d’affections ouvrant droit à une prise en charge à 100 % (le diabète, les cancers, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, les affections psychiatriques de longue durée comme la dépression sévère, les maladies cardiovasculaires…). Selon ameli.fr, l’APA est aujourd’hui prescrite aux personnes en ALD, aux malades chroniques, à celles présentant des facteurs de risque (hypertension, obésité…) ou en perte d’autonomie.
Deux précisions utiles. D’abord, être en ALD n’ouvre pas automatiquement droit à un programme d’APA : il faut une prescription, fondée sur une évaluation médicale. Ensuite, le fait d’être éligible à la prescription ne signifie pas que les séances seront remboursées — c’est tout l’objet de la section sur la prise en charge, plus bas. Le diagnostic, l’éligibilité et le niveau d’activité recommandé relèvent du médecin (ou de l’IPA), seul à même d’apprécier la situation individuelle.
Qui peut le prescrire ?
La prescription d’APA est un acte médical : c’est le médecin qui prescrit ; depuis l’arrêté du 25 avril 2025, les infirmiers en pratique avancée (IPA) peuvent eux aussi la primo-prescrire. Dans le dispositif d’origine, la prescription revenait au médecin (médecin traitant ou autre médecin intervenant dans le parcours de soins), sur la base d’un état de santé évalué. C’est lui qui détermine les limitations éventuelles et oriente vers l’intervenant approprié.
Nouveauté : l’arrêté du 25 avril 2025 (publié au Journal officiel le 30 avril 2025), qui modifie l’arrêté du 18 juillet 2018 fixant les listes de prescriptions ouvertes aux infirmiers en pratique avancée, inclut désormais les programmes d’activité physique adaptée parmi ce que les IPA peuvent primo-prescrire (Légifrance ; ameli.fr). À noter : cette prescription par l’IPA ne peut être renouvelée sans concertation médicale. Le masseur-kinésithérapeute, lui, n’est pas prescripteur de l’APA : il intervient en dispensation et en rééducation, dans le cadre de ses propres compétences et, le cas échéant, sur prescription.
Vous êtes concerné par cette situation ? Je peux vous orienter : 06 13 36 35 92 (message vocal) ou par SMS, sinon william.legendre@phoeniks.fr. Ni le SMS ni la messagerie vocale ne sont sécurisés : vos coordonnées suffisent, n’y indiquez rien de médical. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale. Information éducative, qui ne remplace ni un diagnostic ni une consultation.
Est-ce remboursé ?
Réponse honnête : non, l’activité physique adaptée n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie. C’est le point le plus mal compris du dispositif. Le fait que l’APA soit prescrite et reconnue comme thérapeutique ne signifie pas qu’elle soit remboursée : ameli.fr indique explicitement que « l’APA ne bénéficie pas d’un remboursement par l’Assurance maladie ». Le coût des séances reste donc, par défaut, à la charge de la personne.
Trois nuances, pour être complet :
- Une expérimentation a été votée, mais elle n’est pas appliquée. La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2024 a prévu une expérimentation de remboursement de l’APA pour les malades du cancer, pour une durée limitée. Mais son décret d’application n’est pas paru : sans ce décret, l’expérimentation ne peut pas démarrer, et le remboursement n’est donc pas effectif à ce jour.
- Des aides existent, mais elles sont variables. Certaines agences régionales de santé (ARS), collectivités locales (communes, départements) ou maisons sport-santé proposent des dispositifs pour réduire le reste à charge (ameli.fr). L’offre dépend du territoire : ce qui existe dans une ville peut être absent dans une autre.
- Certaines mutuelles remboursent partiellement. Plusieurs complémentaires santé prennent en charge tout ou partie des séances d’APA, dans la limite d’un forfait annuel. Les conditions varient fortement d’un contrat à l’autre : il faut vérifier les garanties de sa propre mutuelle.
En résumé : il ne faut pas partir du principe que « sport sur ordonnance » rime avec « gratuit » ou « remboursé par la Sécu ». Le plus sûr est de poser la question directement à sa caisse d’Assurance maladie, à sa mutuelle et à la maison sport-santé ou à la collectivité de son secteur.
| Public concerné (exemples d’ALD) | Ce que la prescription permet | Prise en charge financière (réaliste) |
|---|---|---|
| Diabète, maladies cardiovasculaires (ALD) | Programme d’APA encadré, adapté aux capacités et aux limitations | Pas de remboursement Assurance maladie ; aides possibles via ARS / collectivités / mutuelle (variable) |
| Cancers (ALD) | APA pendant et après les traitements, orientée par l’évaluation médicale | Non remboursé ; expérimentation LFSS 2024 votée mais décret non paru (non effective) |
| Maladie de Parkinson, sclérose en plaques (ALD) | APA visant le maintien de la mobilité et de l’autonomie | Non remboursé ; reste à charge éventuellement réduit selon mutuelle / dispositif local |
| Affections psychiatriques de longue durée (ex. dépression sévère, ALD) | APA en complément de la prise en charge, jamais en remplacement des soins | Non remboursé ; financement variable selon territoire et complémentaire |
| Facteurs de risque / perte d’autonomie (hors ALD) | APA possible sur prescription, hors champ ALD strict | Non remboursé ; aides locales et mutuelles à vérifier au cas par cas |
Tableau indicatif à visée éducative. La liste des ALD et les modalités de prise en charge sont fixées par la réglementation et peuvent évoluer ; seules les sources officielles (ameli.fr, Légifrance) et votre médecin font foi pour votre situation.
Ça sert vraiment à quoi ?
À beaucoup, à condition que l’activité soit adaptée et encadrée : les bénéfices de l’exercice sont solidement établis dans de nombreuses maladies chroniques, mais le type et la « dose » dépendent de la pathologie. C’est précisément ce qui distingue l’APA d’une simple recommandation de « bouger plus » : l’activité est calibrée. Une revue de référence (Pedersen & Saltin, d’après PubMed) a synthétisé les preuves de prescription de l’exercice comme thérapeutique dans 26 maladies chroniques — dont la dépression, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, le diabète de type 2, la BPCO, l’ostéoporose et le cancer — en précisant, pour chacune, le type et la dose d’exercice les plus appropriés. DOI (PMID 26606383).
Autrement dit, l’intérêt et l’intensité ne se décrètent pas « en général » : ils se déclinent pathologie par pathologie. Pour ne pas répéter ici ce qui est détaillé ailleurs, nous renvoyons aux articles dédiés, qui s’appuient chacun sur leurs propres preuves :
- Cancer : l’activité physique adaptée pendant et après les traitements (voir l’article dédié ci-dessous).
- Ostéoporose : exercice en sécurité, renforcement et équilibre.
- Fibromyalgie : place de l’activité physique et de la kinésithérapie.
- BPCO : réentraînement à l’effort et kinésithérapie respiratoire.
Dernier point, décisif : l’encadrement. Selon les capacités de la personne, l’APA est dispensée soit par un professionnel de santé (un masseur-kinésithérapeute, par exemple, lorsqu’il existe des limitations fonctionnelles importantes ou un besoin de rééducation), soit par un enseignant en APA ou un éducateur sportif formé (sports.gouv.fr). Cet encadrement n’est pas un détail : c’est lui qui rend l’activité sûre et utile, en l’ajustant à la pathologie et en progressant sans mettre la personne en difficulté.
« Cette revue fournit les bases factuelles, à jour, pour prescrire l’exercice comme traitement dans 26 maladies chroniques différentes […]. Pour chaque maladie, nous indiquons l’effet de l’exercice et donnons notre meilleur avis sur le type et la dose optimaux à prescrire. »
D’après Pedersen BK, Saltin B, revue de synthèse fondée sur les preuves, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2015 (d’après PubMed). DOI (PMID 26606383).
Questions fréquentes
Faut-il forcément être en ALD pour bénéficier du sport sur ordonnance ?
Non. Le dispositif visait à l’origine les personnes en affection de longue durée (ALD), mais depuis 2017 l’activité physique adaptée peut aussi être prescrite, plus largement, aux malades chroniques, aux personnes présentant des facteurs de risque (hypertension, obésité…) ou en perte d’autonomie. C’est le médecin (ou l’IPA) qui apprécie l’éligibilité au cas par cas.
Mon ALD me donne-t-elle automatiquement droit à un programme d’APA ?
Non. Être en ALD n’ouvre pas automatiquement droit à un programme d’APA : il faut une prescription, fondée sur une évaluation médicale. Le médecin (ou l’IPA depuis l’arrêté du 25 avril 2025) détermine l’indication, les limitations éventuelles et oriente vers l’intervenant approprié.
Mon kinésithérapeute peut-il prescrire le sport sur ordonnance ?
Non : la prescription de l’APA est un acte médical réservé au médecin et, depuis l’arrêté du 25 avril 2025, aux infirmiers en pratique avancée (IPA). Le masseur-kinésithérapeute n’est pas prescripteur de l’APA : il intervient en dispensation et en rééducation, dans le cadre de ses compétences et, le cas échéant, sur prescription — en particulier lorsqu’il existe des limitations fonctionnelles importantes ou un besoin de rééducation.
Où se déroulent les séances d’activité physique adaptée ?
Selon le profil et les capacités de la personne, l’APA peut être dispensée par un professionnel de santé (par exemple un masseur-kinésithérapeute), un enseignant en APA ou un éducateur sportif formé. Des maisons sport-santé, des agences régionales de santé (ARS) et des collectivités locales proposent aussi des dispositifs ; l’offre dépend du territoire et se renseigne auprès de sa caisse, de sa mairie ou de la maison sport-santé de son secteur.
Ma mutuelle peut-elle participer au coût des séances ?
C’est possible, mais variable. L’APA n’est pas remboursée par l’Assurance maladie. En revanche, certaines complémentaires santé prennent en charge tout ou partie des séances, et certaines ARS ou collectivités proposent des aides pour réduire le reste à charge. Les conditions diffèrent fortement d’un contrat et d’un territoire à l’autre : le plus sûr est de vérifier les garanties de sa propre mutuelle et les dispositifs locaux.
L’activité physique adaptée remplace-t-elle mes soins ?
Non. L’APA est une thérapeutique non médicamenteuse intégrée au parcours de soins, en complément de la prise en charge — jamais en remplacement des soins. Son intérêt, son intensité et sa « dose » dépendent de la pathologie, et l’encadrement adapté est précisément ce qui rend l’activité sûre et utile.
Pour aller plus loin
- Activité physique adaptée et cancer : ce que la science recommande
- Ostéoporose : faire de l’exercice en toute sécurité
- Fibromyalgie : activité physique et kinésithérapie
- BPCO : kinésithérapie respiratoire et réentraînement à l’effort
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Chutes & autonomie du senior : niveaux de preuve des approches — utile pour les patients âgés en APA dont le programme cible la prévention des chutes (Otago, Tai-Chi, exercice d’équilibre).
Information éducative à jour des sources officielles françaises (Légifrance, ameli.fr, ministère des Sports) en juin 2026. La prescription d’activité physique adaptée est un acte médical ; ce contenu ne se substitue pas à une consultation ni à un avis de votre caisse d’Assurance maladie ou de votre mutuelle. Les modalités de prise en charge évoluent et varient selon les territoires.
Sources
- Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, article 144 (création du dispositif d’APA prescrite). Légifrance.
- Décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 relatif aux conditions de dispensation de l’activité physique adaptée prescrite par le médecin traitant à des patients atteints d’une affection de longue durée (entrée en vigueur le 1ᵉʳ mars 2017). Légifrance.
- Ministère des Sports — « Les médecins peuvent désormais prescrire une activité physique aux personnes en ALD » (intervenants autorisés : professionnels de santé, enseignants en APA, éducateurs sportifs). sports.gouv.fr.
- Assurance maladie — « La prescription d’activité physique adaptée : une thérapeutique non médicamenteuse » (publics concernés ; APA non remboursée par l’Assurance maladie ; financements possibles ARS / collectivités / complémentaires). ameli.fr.
- Arrêté du 25 avril 2025 modifiant l’arrêté du 18 juillet 2018 fixant les listes permettant l’exercice infirmier en pratique avancée (primo-prescription des programmes d’APA par les IPA). Légifrance.
- Loi de financement de la sécurité sociale pour 2024 (LFSS 2024) : expérimentation de remboursement de l’APA pour les malades du cancer ; mise en œuvre subordonnée à un décret d’application non paru à ce jour.
- Pedersen BK, Saltin B. Exercise as medicine – evidence for prescribing exercise as therapy in 26 different chronic diseases. Scand J Med Sci Sports. 2015. DOI (PMID 26606383).