En bref · TL;DR
- Il n’existe pas une seule « bonne méthode » pour retrouver la marche : la stratégie utile dépend de la cause du trouble (séquelle d’AVC, Parkinson, sclérose en plaques, suites de prothèse, déconditionnement) et du moment de la prise en charge.
- Après un AVC, l’entraînement orienté-tâche augmente la distance de marche (+35 m ; 9 essais, 610 patients ; preuve modérée) et l’ambulation fonctionnelle — mais pas la vitesse, où le résultat n’est pas significatif (SMD 0,39 ; IC95% −0,02 à 0,79 ; preuve faible). Le tapis roulant, lui, améliore bien la vitesse chez les personnes déjà capables de marcher. L’effet se maintient jusqu’à six mois après l’arrêt, pas au-delà.
- Le robot de marche n’a jamais été comparé directement à l’entraînement orienté-tâche : les essais l’ajoutent à la kinésithérapie et comparent ce total à la kinésithérapie seule. Ainsi ajouté, il augmente les chances de remarcher de façon indépendante (OR 1,65 ; IC95% 1,21–2,25 ; 51 essais, 2 148 patients ; preuve modérée), sans que ce bénéfice se maintienne au suivi. L’idée qu’il servirait surtout aux patients qui ne marchent pas encore repose sur des analyses de sous-groupes dont les tests d’interaction ne sont pas significatifs (p = 0,82 et p = 0,40) : à considérer comme une piste, pas comme un fait.
- Dans la SEP, l’exercice (toutes modalités) améliore la mobilité et l’endurance ; après une prothèse de hanche, les exercices dirigés par un kinésithérapeute améliorent la vitesse de marche et la force — qu’ils soient supervisés en cabinet ou réalisés seul à domicile.
- Aucune de ces données ne promet de « remarcher comme avant » : ce sont des moyennes de groupe. La rééducation de la marche s’effectue sur prescription médicale, après évaluation individuelle.
Quand un proche peine à marcher depuis un AVC, une maladie de Parkinson, une sclérose en plaques, une opération de la hanche ou simplement un long alitement, la même question revient — du côté du patient comme de l’aidant : la rééducation peut-elle vraiment changer quelque chose, et qu’est-ce qui marche réellement ? La difficulté, c’est que les approches portent souvent les mêmes noms (tapis roulant, robot, renforcement) alors que leur intérêt dépend entièrement de la cause du trouble de la marche. Le tableau ci-dessous range les principales stratégies par cause, en ne retenant que les couples pour lesquels une méta-analyse ou une revue systématique vérifiée sur PubMed apporte une réponse chiffrée. Les résultats neutres ou incertains sont signalés tels quels : en santé, savoir ce qui n’est pas démontré est tout aussi utile.
Cette synthèse est volontairement orthogonale à notre comparatif des méthodes de rééducation neurologique, qui oppose les méthodes entre elles (orienté-tâche, robot, etc.) dans le champ neuro. Ici, l’entrée est la cause — y compris des causes non neurologiques comme les suites de prothèse ou le déconditionnement — afin de répondre à la question concrète : « pour cette situation, quelle stratégie, avec quel effet attendu ? » Pour le détail méthode par méthode dans le neuro, reportez-vous au comparatif dédié.
Ces informations sont éducatives et ne remplacent pas une consultation avec un masseur-kinésithérapeute ou un médecin. Chaque situation clinique est individuelle. La rééducation de la marche s’effectue sur prescription médicale.
Retrouver la marche : ce que disent les méta-analyses, cause par cause
STRATÉGIES PAR CAUSE · NIVEAUX DE PREUVE
Les données ci-dessous proviennent de méta-analyses et de revues systématiques publiées sur PubMed, avec leur niveau de preuve (élevé / modéré / faible). Les effets sont exprimés prudemment : une différence significative à l’échelle d’une population n’implique pas le même bénéfice pour chaque personne. La vitesse de marche est donnée en mètres par seconde (m/s) et l’endurance par le test de marche de 6 minutes (6 min, en mètres parcourus). Un même outil (tapis, robot) peut être utile pour une cause et beaucoup moins pour une autre : c’est tout l’intérêt de raisonner par cause.
| Cause | Stratégie | Niveau de preuve | Méta-analyse (PMID) | Effet (prudent, chiffré) |
|---|---|---|---|---|
| Hémiparésie post-AVC | Entraînement orienté-tâche répétitif | Modéré | French 2016 (Cochrane), 33 ECR (PMID 27841442) | Augmente la distance de marche d’environ +35 m (IC95% 18–51) et l’ambulation fonctionnelle (SMD +0,35 ; IC95% 0,04–0,66) chez 1 853 patients ; effet maintenu jusqu’à 6 mois. Qualité modérée. |
| Hémiparésie post-AVC | Tapis roulant (vs pas d’intervention) | Modéré | Polese 2013, 9 ECR (PMID 23663792) | Améliore la vitesse de +0,14 m/s (IC95% 0,09–0,19) et l’endurance de +40 m au test de 6 min (IC95% 27–53) chez des patients déjà ambulatoires ; effet en partie maintenu après l’arrêt. Pas de différence avec la marche au sol dans les essais directs. |
| Hémiparésie post-AVC | Tapis roulant ± support partiel du poids | Modéré | Mehrholz 2017 (Cochrane), 47 ECR (PMID 28815562) | Gain modeste de vitesse (+0,06 m/s ; IC95% 0,03–0,09) chez 2 323 patients. Le bénéfice se concentre sur les marcheurs ambulatoires ; le tapis avec support de poids seul n’atteint pas le seuil de significativité. Transfert au quotidien incertain. |
| Hémiparésie post-AVC | Rééducation assistée par robot / électromécanique (+ kiné) | Modéré (indépendance et vitesse) | Mehrholz 2025 (Cochrane), 101 ECR (PMID 40365867) | Ajouté à la kinésithérapie, augmente les chances de marche indépendante (OR 1,65 ; IC95% 1,21–2,25 ; 51 essais, 2 148 patients ; preuve modérée), mais ce bénéfice n’est pas maintenu au suivi (OR 1,64, non significatif). Gain de vitesse faible (+0,05 m/s). L’idée qu’il servirait surtout aux non-marcheurs en phase précoce repose sur des sous-groupes dont les tests d’interaction ne sont pas significatifs (p = 0,82 ; p = 0,40) : une piste, pas un fait. |
| Maladie de Parkinson | Tapis roulant (± support partiel du poids) | Modéré | Mehrholz 2015 (Cochrane), 18 ECR (PMID 26363646) | Améliore la vitesse de marche (+0,09 m/s ; IC95% 0,03–0,14) et la longueur de foulée (+0,05 m) — revue de 18 essais (633 patients au total ; 17 essais / 510 pour la vitesse) — sans effet démontré sur la distance ni la cadence. Hétérogénéité notable. |
| Maladie de Parkinson | Robot d’assistance à la marche (RAGT) | Faible | Jiang 2024, 17 ECR (PMID 37955075) | Améliore la vitesse (+0,06 m/s ; IC95% 0,03–0,10), la longueur de foulée (+5,5 cm) et l’endurance (+14 m au test de 6 min) — sur une revue de 17 essais (670 patients au total), mais sans amélioration du Timed Up & Go — signe que tous les aspects de la mobilité ne progressent pas. |
| Maladie de Parkinson | Double-tâche cognitivo-motrice | Faible | Sarasso 2024, 14 ECR (PMID 38790495) | Améliore la vitesse en situation de double-tâche (SMD +0,48 ; IC95% 0,20–0,77) et la cadence chez 548 patients, mais la qualité de preuve est faible ; la valeur dans les activités quotidiennes reste à confirmer. |
| Sclérose en plaques | Exercice (aérobie, résistance, multi-composant) | MA — effets nets mais pas de GRADE formel (échelle PEDro) | Du 2024, 40 ECR (PMID 38660348) | Améliore la mobilité (Timed Up & Go −1,33 s ; IC95% −1,57 à −1,08) et l’endurance (+25,6 m au test de 6 min ; IC95% 16–35) chez 2 127 participants (les 40 essais de la revue). L’aérobie agit surtout sur la qualité de vie, la résistance sur la fatigue. |
| Sclérose en plaques | Renforcement musculaire des membres inférieurs | MA — pas de GRADE formel (échelle PEDro) | McManaman 2024, 12 ECR (PMID 39311403) | Améliore la vitesse de marche (+0,10 m/s ; IC95% 0,01–0,19 ; 7 essais) — revue de 12 ECR, 425 patients au total —, avec un effet plus net sur les tests courts (10 m) que sur l’endurance. Hétérogénéité notable ; dose optimale à préciser. |
| Post-prothèse de hanche | Kinésithérapie dirigée (cabinet ou domicile) | Modéré | Coulter 2013, 5 ECR (PMID 24287215) ; cf. Saueressig 2021 (PMID 33635329) | Après prothèse de hanche : améliore la force des abducteurs (+16 Nm ; 4 essais) et la vitesse de marche (+6 m/min ; IC95% 1–11 ; 2 essais). La cadence (+20 pas/min) ne repose que sur un seul essai (n=26). Sur le lieu, cette revue ne tranche pas : elle compare des exercices faits seul à domicile à des séances supervisées en cabinet (~50 patients), et les rares différences trouvées favorisent le supervisé. À noter : une grande méta-analyse (26 ECR, 1 004 patients ; 32 ECR au total dans la revue) ne retrouve pas d’effet sur la fonction auto-déclarée, ce qui ne signifie pas absence d’utilité (la vitesse objective, elle, s’améliore). |
| Post-prothèse de genou | Renforcement résistif actif des membres inférieurs | Faible | Wei 2024, 14 ECR (PMID 39267026) | Améliore la vitesse de marche maximale (+0,13 m/s ; IC95% 0,08–0,18 ; 7 essais, 408 patients) et l’agilité (Timed Up & Go −0,92 s) — revue de 14 ECR, 880 patients au total —, mais sans effet démontré sur l’endurance (test de 6 min non significatif). |
| Déconditionnement / fragilité du senior | Exercice multi-composant (force + endurance + équilibre) | Synthèse narrative — pas de GRADE formel | Cadore 2013, 20 études (PMID 23327448) | Stratégie la mieux étayée chez le senior fragile : amélioration de l’aptitude à la marche, de l’équilibre et de la force des membres inférieurs dans la majorité des études, avec réduction des chutes. Données hétérogènes (pas de pooling unique). |
| Déconditionnement / fragilité du senior | Programmes de rééducation multi-composants (exercice + nutrition + cognitif + soutien) | Modéré (mobilité) à très faible (fragilité) | Silveira 2025, 34 ECR (PMID 39917808) | Améliore la mobilité et la fonction des membres inférieurs (SMD +0,63 ; IC95% 0,40–0,86) — certitude modérée, le seul résultat de ce niveau. La réduction du score de fragilité (SMD −1,57 ; IC95% −2,97 à −0,17) est de certitude très faible, et le gain de vitesse (SMD +1,07) de certitude faible : à lire avec prudence. L’adhésion est le principal obstacle (les auteurs la désignent comme la barrière n°1). |
Vous êtes concerné par cette situation ? Je peux vous orienter : 06 13 36 35 92 (message vocal) ou par SMS, sinon william.legendre@phoeniks.fr. Ni le SMS ni la messagerie vocale ne sont sécurisés : vos coordonnées suffisent, n’y indiquez rien de médical. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale. Information éducative, qui ne remplace ni un diagnostic ni une consultation.
Ce que ces chiffres disent — et ne disent pas
Lus honnêtement, ces résultats invitent à se méfier des raccourcis, dans un sens comme dans l’autre. Quatre nuances méritent d’être posées clairement :
- Le robot n’est pas « mieux » par principe. Ajouté à la kinésithérapie, il augmente les chances de remarcher de façon indépendante après un AVC (OR 1,65 ; 51 essais ; preuve modérée — Mehrholz 2025, PMID 40365867 ; bénéfice non maintenu au suivi). Mais il n’a jamais été comparé directement à un entraînement orienté-tâche : les essais l’ajoutent à la kinésithérapie et comparent ce total à la kinésithérapie seule. Et l’idée qu’il servirait surtout aux patients qui ne marchent pas encore vient d’analyses de sous-groupes dont les tests d’interaction ne sont pas significatifs (p = 0,82 et p = 0,40) : une piste, pas un fait. Le bénéfice tient au travail répété de la marche elle-même, pas à la technologie.
- Améliorer une mesure n’améliore pas tout. Dans Parkinson, le robot améliore la vitesse et la foulée mais pas le Timed Up & Go (Jiang 2024, PMID 37955075) ; après prothèse de genou, le renforcement améliore la vitesse mais pas l’endurance (Wei 2024, PMID 39267026). Un gain sur un paramètre ne garantit pas un gain sur la vie quotidienne.
- Un résultat « neutre » n’est pas un échec. Après prothèse de hanche, une vaste méta-analyse ne retrouve pas d’effet sur la fonction auto-déclarée (Saueressig 2021, PMID 33635329), alors que la vitesse de marche objective, elle, s’améliore (Coulter 2013, PMID 24287215). L’absence de preuve sur une mesure ne signifie pas l’absence d’utilité clinique.
- La peur de bouger va de pair avec moins de mouvement. Chez 86 patients parkinsoniens (stades 1 à 3), une kinésiophobie élevée (peur du mouvement) est associée à moins d’activité physique, un équilibre plus dégradé et une peur de tomber plus forte — elle rend compte de 17 à 44 % de la variance de ces paramètres (Oğuz 2023, PMID 35042438). Précision qui compte : il s’agit d’une étude transversale, et les auteurs rappellent eux-mêmes que ces corrélations n’établissent pas de lien de cause à effet. La place de la peur du mouvement s’évalue au cas par cas — et dans le doute, on réintroduit le mouvement progressivement plutôt qu’on ne l’évite.
Comment le kinésithérapeute choisit la stratégie
Aucune stratégie n’est universellement supérieure : le choix se construit, sur prescription médicale, à partir de la cause, du moment et des capacités réelles de la personne. Le raisonnement intègre au minimum cinq dimensions :
- La cause du trouble — une séquelle d’AVC (réapprentissage moteur), une maladie de Parkinson (foulée, freezing, double-tâche), une SEP (fatigue, endurance) ou des suites de prothèse (force, indolence) ne mobilisent pas les mêmes leviers, même si la marche est l’objectif commun.
- Le moment et le statut de marche — chez un patient qui ne marche pas encore après un AVC, la priorité est de relancer un pas sécurisé (c’est là que le robot est le plus souvent proposé, en phase précoce — mais les tests d’interaction ne confirment pas que ce sous-groupe en tire un bénéfice supérieur) ; chez un patient déjà ambulatoire, on travaille la vitesse, l’endurance et la qualité du pas par la pratique orientée-tâche.
- L’objectif fonctionnel prioritaire — marcher plus vite, tenir plus longtemps, franchir un trottoir, marcher en parlant : ces buts n’appellent pas exactement le même entraînement, et plusieurs études montrent qu’on peut progresser sur l’un sans progresser sur l’autre.
- Le contexte du domicile — après un AVC, une méta-analyse de 46 essais ne retrouve pas de différence d’autonomie entre une rééducation menée à domicile et une rééducation en établissement ; les auteurs concluent qu’elle est « aussi efficace » (Do 2025, PMID 40167208). Trois nuances : le comparateur est un établissement (hospitalisation, consultation externe ou hôpital de jour), jamais un cabinet libéral ; aucun des 46 essais n’est à faible risque de biais ; et la définition d’« à domicile » y est large (une supervision au moins une fois), donc certains essais inclus sont des programmes largement autonomes. À domicile, les exercices s’ancrent par ailleurs dans l’environnement réel (escalier, salle de bain, parcours du quotidien), ce qui favorise le transfert — cela, c’est un argument de raisonnement clinique, pas de preuve.
- L’adhésion et la peur du mouvement — un programme n’est efficace que s’il est suivi ; l’adhésion est l’obstacle n°1 chez le senior fragile (Silveira 2025, PMID 39917808), et la kinésiophobie va de pair avec moins d’activité (Oğuz 2023, PMID 35042438 — étude transversale : association, sans lien de cause à effet établi). Doser l’effort et restaurer la confiance font partie du soin.
Focus : pourquoi raisonner par cause change la prise en charge
EXEMPLE SOURCÉ · TAPIS ROULANT SELON LA CAUSE
Le même outil peut être pertinent pour une cause et marginal pour une autre. Le tapis roulant en est l’exemple le plus parlant : après un AVC, il améliore la vitesse et l’endurance chez les personnes déjà ambulatoires (Polese 2013, PMID 23663792) ; dans Parkinson, il améliore la vitesse et la foulée mais ni la distance ni la cadence (Mehrholz 2015, PMID 26363646). Même appareil, mais effets et indications différents selon la cause du trouble. Raisonner par cause évite ainsi d’appliquer mécaniquement une « recette » qui aurait marché pour une autre situation.
Cette logique guide la prise en charge à domicile, là où la personne marche réellement. Après un AVC, une méta-analyse de 46 essais ne retrouve pas de différence d’autonomie entre rééducation à domicile et rééducation en établissement — « aussi efficace », concluent les auteurs, et non « meilleure » (Do 2025, PMID 40167208), avec des réserves qu’ils posent eux-mêmes. Et aucune étude, à ma connaissance, n’a jamais comparé le domicile à un cabinet libéral. Pour les causes neurologiques, le travail s’inscrit dans la durée et dans un cadre pluriprofessionnel (médecin, kinésithérapeute, parfois ergothérapeute), sur prescription médicale. Dans tous les cas, ces chiffres sont des moyennes de groupe : ils orientent le raisonnement, mais ne préjugent pas de l’évolution individuelle, qui dépend de très nombreux facteurs propres à chaque personne.
L’entraînement répété de tâches orientées améliore la marche et l’ambulation fonctionnelle après un AVC, avec un effet soutenu jusqu’à six mois ; l’effet sur le membre supérieur est moins robuste.
D’après French B et al. — Cochrane Database Syst Rev. 2016 (PMID 27841442) — 33 ECR, 1 853 participants
Questions fréquentes
Après un AVC, peut-on vraiment retrouver une marche autonome ?
C’est souvent possible, sans que ce soit une garantie. Les méta-analyses montrent que l’entraînement orienté-tâche (French 2016, PMID 27841442) et le tapis roulant (Polese 2013, PMID 23663792) améliorent la vitesse et l’endurance de marche chez les personnes déjà capables de faire quelques pas, avec un effet qui se maintient. Ajoutée à la kinésithérapie, la rééducation assistée par robot augmente aussi les chances de marche indépendante après un AVC (Mehrholz 2025, PMID 40365867 ; certitude modérée), souvent proposée en phase précoce — sans preuve d’un bénéfice supérieur spécifiquement chez les patients qui ne marchent pas encore. Ces résultats sont des moyennes : l’évolution individuelle dépend de nombreux facteurs et s’évalue au cas par cas, sur prescription médicale.
La kinésithérapie à domicile est-elle aussi efficace qu’en centre ?
La réponse honnête est « aussi efficace », pas « meilleur ». Après un AVC, une méta-analyse de 2025 portant sur 46 essais randomisés ne retrouve pas de différence significative d’autonomie dans les gestes du quotidien entre une rééducation menée à domicile et une rééducation en établissement (différence moyenne standardisée 0,17 ; IC 95 % −0,00 à 0,34). Les auteurs concluent qu’elle est « aussi efficace » (Do 2025, PMID 40167208) — en ajoutant aussitôt que « ces résultats doivent être interprétés avec prudence ».
Trois réserves, et elles comptent. D’abord, ces essais comparent le domicile à un établissement (hospitalisation, consultation externe ou hôpital de jour) — jamais à un cabinet libéral : à ma connaissance, aucune étude n’a comparé ces deux-là. Ensuite, aucun des 46 essais n’est à faible risque de biais (22 à risque élevé, 24 avec des réserves), ce que les auteurs signalent eux-mêmes. Enfin — et c’est la limite la moins visible — la définition retenue de « rééducation à domicile » est large : elle exige seulement une supervision par un professionnel au moins une fois. Certains essais inclus sont donc des programmes largement autonomes, et non une prise en charge délivrée à domicile par un kinésithérapeute. Ce chiffre ne mesure donc pas exactement mon métier.
À domicile, le travail s’ancre par ailleurs dans l’environnement réel (escalier, parcours du quotidien), ce qui favorise le transfert des progrès : cela, c’est un argument de raisonnement clinique, pas de preuve. Le cadre et l’intensité sont définis après évaluation, sur prescription médicale.
Le robot de rééducation, c’est mieux qu’une rééducation « classique » ?
Pas en soi — et surtout, la question n’a jamais été tranchée. Ajouté à la kinésithérapie, le robot augmente les chances de remarcher de façon indépendante après un AVC (OR 1,65 ; preuve modérée — Mehrholz 2025, PMID 40365867 ; bénéfice non maintenu au suivi), mais il n’a jamais été comparé directement à un entraînement orienté-tâche. L’idée qu’il servirait surtout aux patients qui ne marchent pas encore repose sur des sous-groupes dont les tests d’interaction ne sont pas significatifs. Un entraînement orienté-tâche bien dosé fait au moins aussi bien (French 2016, PMID 27841442) : ce qui compte, c’est la quantité et la qualité de marche réellement travaillée, pas l’appareil. Le choix dépend du statut de marche et de l’objectif, pas d’une supériorité technologique automatique.
Parkinson est une maladie évolutive — la kinésithérapie change-t-elle vraiment quelque chose pour la marche ?
Oui, sur des paramètres précis, sans prétendre stopper la maladie. Le tapis roulant améliore la vitesse et la longueur de foulée (Mehrholz 2015, PMID 26363646), le robot d’assistance améliore vitesse, foulée et endurance (Jiang 2024, PMID 37955075), et l’entraînement en double-tâche améliore la marche quand on doit marcher en faisant autre chose (Sarasso 2024, PMID 38790495). Tous les aspects ne progressent pas en même temps — d’où l’importance d’objectifs ciblés. La peur du mouvement, fréquente et associée à moins d’activité (Oğuz 2023, PMID 35042438), fait aussi partie de ce qu’on prend en compte.
Avec une sclérose en plaques, l’exercice ne risque-t-il pas d’aggraver la fatigue ?
La littérature va dans l’autre sens : l’exercice (aérobie, résistance, multi-composant) améliore la mobilité et l’endurance de marche dans la SEP, et la composante de résistance agit favorablement sur la fatigue (Du 2024, PMID 38660348). Le renforcement des membres inférieurs améliore aussi la vitesse de marche (McManaman 2024, PMID 39311403). Une fatigue passagère après l’effort est fréquente et se distingue de la fatigue pathologique de la maladie ; l’intensité se dose précisément avec le kinésithérapeute, sur prescription médicale.
Mon proche est très âgé et déconditionné — est-il « trop tard » pour qu’il remarche mieux ?
L’âge seul n’est pas une contre-indication. Chez le senior fragile, l’exercice multi-composant (force + endurance + équilibre) améliore l’aptitude à la marche, l’équilibre et la force, et réduit les chutes (Cadore 2013, PMID 23327448) ; les programmes structurés améliorent la mobilité et la fonction des membres inférieurs (certitude modérée) ; l’effet sur le score de fragilité lui-même va dans le même sens, mais avec une certitude très faible (Silveira 2025, PMID 39917808). À l’inverse, l’immobilité aggrave le déconditionnement. Le principal obstacle n’est pas l’âge mais l’adhésion au programme : un accompagnement progressif et adapté aux capacités fait la différence.
Comment aider mon proche à remarcher sans le brusquer ni me blesser ?
Le rôle de l’aidant est précieux, mais il ne remplace pas l’évaluation d’un professionnel : les gestes d’aide à la marche, les transferts et la sécurisation s’apprennent et s’adaptent à chaque situation. La peur de tomber — du patient comme de l’aidant — est légitime, et se travaille en réintroduisant le mouvement progressivement plutôt qu’en l’évitant. Chez des patients parkinsoniens, la peur du mouvement va d’ailleurs de pair avec moins d’activité physique et un équilibre plus dégradé (Oğuz 2023, PMID 35042438), sans qu’un lien de cause à effet soit établi. Un kinésithérapeute peut, sur prescription médicale, évaluer le domicile, montrer les bons gestes et fixer des objectifs réalistes.
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Pour aller plus loin
- Méthodes de rééducation neurologique : niveaux de preuve — le comparatif méthode par méthode (orienté-tâche, robot, etc.) dans le champ neuro, complémentaire de cette synthèse par cause.
- Après un AVC : retrouver la marche et l’usage du membre supérieur — comprendre la rééducation post-AVC, du membre inférieur au membre supérieur.
- Maladie de Parkinson : rééducation et exercice — foulée, freezing, double-tâche et place de l’activité physique.
- Sclérose en plaques et kinésithérapie — mobilité, endurance et gestion de la fatigue à l’effort.
- Rééducation après une prothèse de hanche — déroulé des séances et récupération de la marche.
- Chutes & autonomie du senior : ce que disent les preuves — équilibre, prévention des chutes et maintien de l’autonomie chez le senior fragile.
Ces informations sont éducatives et ne remplacent pas une consultation avec un masseur-kinésithérapeute ou un médecin. Elles sont fondées sur la littérature scientifique (méta-analyses PubMed) et ne se substituent pas à un diagnostic individuel. La rééducation de la marche s’effectue sur prescription médicale. Chaque situation clinique est individuelle ; les effets décrits sont des moyennes de groupe et ne constituent ni une promesse ni une garantie de résultat.
Sources scientifiques
- French B, et al. Repetitive task training for improving functional ability after stroke. Cochrane Database Syst Rev. 2016. (PMID 27841442). DOI (d’après PubMed)
- Polese JC, et al. Treadmill training is effective for ambulatory adults with stroke: a systematic review. J Physiother. 2013. (PMID 23663792). DOI (d’après PubMed)
- Mehrholz J, Thomas S, Elsner B. Treadmill training and body weight support for walking after stroke. Cochrane Database Syst Rev. 2017;8:CD002840 (pub4). DOI ↗ (PMID 28815562)
- Mehrholz J, Kugler J, Pohl M, Elsner B. Electromechanical-assisted training for walking after stroke. Cochrane Database Syst Rev. 2025;5:CD006185 (pub6). DOI ↗ (PMID 40365867)
- Mehrholz J, Kugler J, Storch A, Pohl M, Hirsch K, Elsner B. Treadmill training for patients with Parkinson’s disease. Cochrane Database Syst Rev. 2015;9:CD007830 (pub4). DOI ↗ (PMID 26363646)
- Jiang X, et al. Effect of robot-assisted gait training on motor dysfunction in Parkinson’s patients: a systematic review and meta-analysis. J Back Musculoskelet Rehabil. 2024. (PMID 37955075). DOI (d’après PubMed)
- Sarasso E, et al. Dual-task vs. single-task gait training to improve spatiotemporal gait parameters in people with Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis. Brain Sci. 2024. (PMID 38790495). DOI (d’après PubMed)
- Du L, Xi H, Zhang S et al. Effects of exercise in people with multiple sclerosis: a systematic review and meta-analysis. Front Public Health, 2024. DOI ↗ (PMID 38660348)
- McManaman C, et al. Changes in walking speed following resistance training in people with multiple sclerosis: a systematic review and meta-analysis. PM R. 2024. (PMID 39311403). DOI (d’après PubMed)
- Coulter CL, et al. Physiotherapist-directed rehabilitation exercises in the outpatient or home setting improve strength, gait speed and cadence after elective total hip replacement: a systematic review. J Physiother. 2013. (PMID 24287215). DOI (d’après PubMed)
- Saueressig T, et al. Evaluation of exercise interventions and outcomes after hip arthroplasty: a systematic review and meta-analysis. JAMA Netw Open. 2021. (PMID 33635329). DOI (d’après PubMed)
- Wei G, et al. Effects of lower-limb active resistance exercise on mobility, physical function, knee strength and pain intensity in patients with total knee arthroplasty: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2024. (PMID 39267026). DOI (d’après PubMed)
- Cadore EL, et al. Effects of different exercise interventions on risk of falls, gait ability, and balance in physically frail older adults: a systematic review. Rejuvenation Res. 2013. (PMID 23327448). DOI (d’après PubMed)
- Silveira BD, et al. Breaking the frailty cycle with rehabilitation programs: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Disabil Rehabil. 2025. (PMID 39917808). DOI (d’après PubMed)
- Oğuz S, et al. The effect of kinesiophobia on physical activity, balance, and fear of falling in patients with Parkinson’s disease. Physiother Theory Pract. 2023. (PMID 35042438). DOI (d’après PubMed)
- Do Y, et al. Effectiveness of home-based Rehabilitation on Activities of Daily Living in Patients With Stroke: Systematic Review and Meta-Analysis. Phys Ther. 2025. (PMID 40167208). DOI (d’après PubMed)