Tendinopathie rotulienne (genou du sauteur) : la rééducation par la charge

·

·

Auteur

William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).

En bref · TL;DR

  • La tendinopathie rotulienne (« genou du sauteur ») est une atteinte du tendon rotulien liée à la charge répétée, typique des sports de saut (volley, basket). La douleur siège juste sous la pointe de la rotule et se réveille en sautant, en s’accroupissant ou en montant les escaliers (Breda 2021).
  • Le repos seul est un piège : il calme la douleur sur le moment mais déconditionne le tendon. La rééducation repose sur la charge progressive, pas sur l’arrêt total (Malliaras 2013).
  • L’approche la plus soutenue est progressive : exercices isométriques en phase irritable, puis résistance lente et lourde ou isotonique, enfin pliométrie avant le retour au sport. Une approche de charge progressive a fait mieux que l’excentrique seul dans le plus grand essai à ce jour (Breda 2021).
  • C’est long et honnête à dire : on compte en mois, pas en jours, avec une progression guidée par la douleur tolérée (Breda 2021).
  • Aucune modalité d’exercice ne s’impose nettement : les méta-analyses récentes ne dégagent pas de hiérarchie claire, mais confirment que l’excentrique seul n’est pas le meilleur choix (Li 2024 ; Liu 2026).

Une douleur précise, « en pointe », juste sous la rotule, qui se réveille à la réception d’un saut, en descendant un escalier ou après une séance de volley : ce tableau porte un nom imagé, le genou du sauteur, et un nom médical, la tendinopathie rotulienne. Il ne s’agit pas d’une simple « inflammation » passagère, ni d’une fragilité qu’il faudrait protéger par le repos : c’est un tendon qui a besoin d’être rechargé progressivement pour s’adapter. Cet article fait le point, dans une perspective éducative, sur l’origine de cette douleur, sur la place centrale de la charge (et le piège du repos seul), sur les exercices et leur enchaînement, sur les délais réalistes et sur les critères de reprise du sport. Il complète, sans la répéter, notre fiche sur le syndrome fémoro-patellaire : là, c’est l’articulation entre rotule et fémur qui est en cause ; ici, c’est le tendon lui-même et sa tolérance à la charge.

Pourquoi j’ai mal sous la rotule dans les sports de saut ?

Cette douleur localisée sous la rotule, déclenchée par les sauts et les changements d’appui, est la signature de la tendinopathie rotulienne : une atteinte du tendon rotulien liée à une charge répétée qu’il n’a pas eu le temps d’encaisser. Le tendon rotulien relie la pointe de la rotule au tibia ; il transmet la force du quadriceps à chaque saut, freinage ou squat. Quand les sollicitations dépassent la capacité d’adaptation du tendon, sa structure se modifie et il devient douloureux à la charge. D’après l’essai clinique de référence sur le sujet (Breda et al., d’après PubMed), la tendinopathie rotulienne est « une lésion tendineuse chronique fréquente, caractérisée par une douleur du tendon rotulien liée à la charge », et touche jusqu’à 45 % des athlètes de haut niveau dans les sports de saut comme le basket et le volley. DOI (PMID 33219115).

Un point important : le terme historique de « tendinite » a été abandonné. Les études histologiques montrent que la lésion correspond à des modifications dégénératives du tissu tendineux, avec très peu de cellules inflammatoires — d’où le mot « tendinopathie », et l’inefficacité des traitements purement anti-inflammatoires dans cette indication (Breda et al., d’après PubMed). DOI (PMID 33219115). Comprendre cela change tout : si le problème n’est pas une inflammation à « éteindre », mais un tendon à réadapter à la charge, alors la stratégie logique n’est pas le repos, mais l’exercice dosé. C’est un diagnostic clinique, posé par un médecin après examen : cet article ne s’y substitue pas.

Faut-il se reposer ?

Non : le repos seul est un piège. Il soulage temporairement, mais il déconditionne le tendon et ne le rend pas plus solide — la rééducation passe par la charge progressive, pas par l’arrêt total. C’est sans doute le message le plus contre-intuitif de cette pathologie. Mettre le genou au repos complet fait disparaître la douleur tant qu’on ne sollicite plus le tendon, mais dès la reprise, le tendon — moins capable qu’avant — se retrouve à nouveau dépassé. Le tendon a besoin d’un stimulus mécanique pour s’adapter : c’est précisément la charge, bien dosée, qui l’y amène.

La littérature a longtemps mis l’excentrique au centre du traitement, mais une revue systématique comparant les différents programmes de charge dans les tendinopathies rotulienne et d’Achille (Malliaras et al., d’après PubMed) nuance ce dogme : il existe « peu de preuves cliniques ou mécanistiques en faveur de l’isolement de la composante excentrique », et les auteurs invitent les cliniciens à « envisager une charge excentrique-concentrique en complément ou à la place de la charge excentrique seule ». Pour le tendon rotulien, la résistance lente et lourde (associant montée et descente) y est même mieux soutenue, avec des signes d’adaptation du tendon (réorganisation du collagène). DOI (PMID 23494258). Autrement dit : ce n’est pas « repos contre exercice », mais « quelle charge, à quelle dose, à quel moment ». L’idée n’est pas de courir après la douleur, mais de la garder tolérable et de progresser à partir de là.

Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.

Quels exercices ? Isométrique, résistance lente-lourde, puis pliométrie

L’enchaînement le mieux soutenu est progressif : exercices isométriques quand le tendon est très irritable, puis résistance lente et lourde (ou isotonique) pour reconstruire la capacité de charge, enfin pliométrie (sauts) avant le retour au sport. Cette logique par étapes est exactement celle qu’a testée le plus grand essai randomisé à ce jour sur la tendinopathie rotulienne (Breda et al., d’après PubMed) : un programme de charge tendineuse progressive en quatre stades — isométrique, puis isotonique, puis exercices de stockage d’énergie (pliométrie), puis exercices spécifiques au sport — avec progression d’un stade à l’autre guidée par la douleur (passage autorisé tant que la douleur reste basse). DOI (PMID 33219115). Le tableau ci-dessous résume cet enchaînement, phase par phase.

Sur la phase irritable, l’isométrique (contraction tenue sans mouvement) est souvent proposé pour son intérêt antalgique. Il faut toutefois rester honnête sur l’état des preuves : les résultats sont contradictoires. Un essai en cours de saison (Rio et al., d’après PubMed) a trouvé que les contractions isométriques procuraient une analgésie immédiate supérieure aux contractions isotoniques (p < 0,002). DOI (PMID 27513733). Mais un autre essai de la même équipe (van Ark et al., d’après PubMed) a montré que les deux — isométrique et isotonique — réduisaient la douleur en saison, sans différence significative entre eux (p = 0,208). DOI (PMID 26707957). L’isométrique reste donc une option utile quand le tendon est très douloureux, sans être un remède miracle : l’essentiel est de pouvoir charger sans douleur excessive.

Pour la phase de reconstruction, la résistance lente et lourde (mouvements lents et chargés, montée et descente) vise à réadapter le tendon et à restaurer sa capacité à encaisser des contraintes élevées (Malliaras et al., d’après PubMed). DOI (PMID 23494258). Enfin, la phase de retour au sport réintroduit les sauts (pliométrie) puis les gestes spécifiques, parce qu’un tendon de sauteur doit redevenir capable de… sauter. Le détail du dosage, de la charge et de la progression doit être personnalisé par un professionnel de santé ; un exercice ne doit pas reproduire une douleur vive.

PhaseType de chargeObjectif
Phase irritable (tendon très douloureux)Isométrique : contraction tenue, sans mouvement (ex. : maintien du genou fléchi sous charge)Calmer la douleur et entretenir la force sans agresser le tendon
Phase de reconstructionRésistance lente et lourde / isotonique : mouvements lents et chargés (montée + descente)Réadapter le tendon à la charge, restaurer sa capacité de contrainte
Retour au sportPliométrie (sauts), puis gestes spécifiques au sportRestaurer le stockage-restitution d’énergie ; préparer la reprise (Breda 2021)

Ce tableau est donné à titre éducatif. Le choix, la charge, le nombre de répétitions et le rythme de progression doivent être adaptés à chaque personne par un professionnel de santé. La progression d’une phase à l’autre se décide sur la base de la douleur tolérée, pas d’un calendrier fixe.

Combien de temps ?

Soyons honnêtes : on compte en mois, pas en jours, et la progression se fait par paliers guidés par la douleur. La tendinopathie rotulienne est souvent une affection chronique, et il vaut mieux le savoir d’emblée pour ne pas se décourager. Dans le plus grand essai randomisé sur le sujet (Breda et al., d’après PubMed), la durée médiane des symptômes avant la prise en charge était de 2 ans, et le critère principal d’évaluation était mesuré à 24 semaines (six mois) — un horizon qui en dit long sur les délais réels. DOI (PMID 33219115). Dans cet essai, les deux groupes se sont améliorés, mais le score de douleur et de fonction (VISA-P) a continué de progresser jusqu’à 24 semaines.

Ce même essai apporte un repère concret sur l’approche progressive : le programme de charge tendineuse progressive a donné un meilleur résultat clinique que l’excentrique seul à 24 semaines — une amélioration du score VISA-P de 28 points contre 18, soit une différence moyenne ajustée de 9 points (IC 95 % : 1 à 16 ; p = 0,023) en faveur de la charge progressive (Breda et al., d’après PubMed). Les exercices étaient en outre moins douloureux à réaliser (douleur 2 contre 4 sur 10). DOI (PMID 33219115). La patience et la régularité comptent donc autant que le choix précis des exercices : il s’agit d’un travail de fond, pas d’un sprint.

« Chez les patients atteints de tendinopathie rotulienne, les exercices de charge tendineuse progressive ont abouti à un meilleur résultat clinique après 24 semaines que la thérapie par exercices excentriques. Ils leur sont supérieurs et sont donc recommandés comme traitement conservateur initial. »

D’après Breda SJ, Oei EHG, Zwerver J et al., essai clinique randomisé (étude JUMPER), British Journal of Sports Medicine, 2021 (d’après PubMed). DOI (PMID 33219115).

Quand reprendre le sport ?

La reprise n’est pas une question de date, mais de critères : avoir retrouvé une charge tolérée (sauts compris) sans douleur excessive, et ré-augmenter le volume par paliers progressifs. Reprendre trop tôt expose à la rechute ; reprendre trop tard entretient le déconditionnement. Le repère utile est fonctionnel : pouvoir réaliser les gestes du sport (sauts, réceptions, changements d’appui) en gardant la douleur dans une zone tolérable qui se calme rapidement après l’effort. Dans l’essai cité plus haut, la reprise du sport était précisément conditionnée à la capacité d’effectuer les exercices spécifiques « dans les limites d’une douleur acceptable » (Breda et al., d’après PubMed). DOI (PMID 33219115).

Il faut aussi garder des attentes réalistes : toujours dans cet essai, moins de la moitié des participants étaient revenus à leur sport au niveau d’avant la blessure après 24 semaines (43 % avec la charge progressive contre 27 % avec l’excentrique, une différence qui n’atteignait pas le seuil de significativité, p = 0,13) (Breda et al., d’après PubMed). DOI (PMID 33219115). Quelques repères de bon sens pour la reprise :

  • Ré-augmenter par paliers le volume et l’intensité (nombre de sauts, durée, intensité), en surveillant la réaction du tendon dans les 24 heures qui suivent.
  • Poursuivre le renforcement (résistance lente-lourde) en parallèle de la reprise sportive, plutôt que de l’arrêter dès que la douleur diminue.
  • Une douleur tolérable pendant l’effort, qui se calme vite après, n’est pas forcément un signe d’aggravation ; une douleur vive, croissante ou qui persiste doit faire revoir le programme.

Enfin, une mise en perspective utile : aucune modalité d’exercice ne s’impose comme nettement supérieure aux autres. Une revue systématique avec méta-analyse en réseau (Li et al., d’après PubMed) conclut que l’excentrique seul est l’option la moins favorable pour le score VISA-P, tandis que les approches combinées (charge progressive, résistance lente) font mieux, la résistance lente et lourde étant la mieux adaptée aux progrès de fonction à long terme. DOI (PMID 39559237). Une autre méta-analyse en réseau plus récente (Liu et al., d’après PubMed) va dans le même sens : aucune intervention ne dépasse clairement la résistance lente et lourde, prise comme traitement de référence raisonnable, et les classements entre exercices ne doivent pas être lus comme une hiérarchie définitive. DOI (PMID 42192475). En pratique, c’est rassurant : plusieurs chemins mènent au résultat, ce qui laisse de la place pour personnaliser la rééducation selon chaque personne, son sport et sa tolérance. Un masseur-kinésithérapeute peut calibrer cette progression et la reprise, en coordination avec le médecin.

Questions fréquentes

Faut-il arrêter complètement le sport ?

Pas forcément : le repos complet calme la douleur sur le moment mais déconditionne le tendon. L’objectif n’est pas l’arrêt total, mais de moduler la charge pour la garder tolérable, puis de réintroduire progressivement les sauts et les gestes du sport. Le dosage doit être personnalisé par un professionnel de santé.

Avoir un peu mal pendant les exercices, est-ce normal ?

Une douleur tolérable pendant l’effort, qui se calme rapidement après, n’est pas forcément un signe d’aggravation. En revanche, une douleur vive, croissante ou qui persiste doit faire revoir le programme. L’idée n’est pas de courir après la douleur, mais de la garder basse et de progresser à partir de là.

Le squat décliné / l’excentrique seul, est-ce le meilleur exercice ?

Non. Les méta-analyses récentes situent l’excentrique seul parmi les options les moins favorables, tandis que les approches combinées (charge progressive, résistance lente et lourde) font mieux. Dans le plus grand essai à ce jour, la charge progressive a donné un meilleur résultat que l’excentrique seul à 24 semaines (Breda 2021).

Faut-il continuer le renforcement une fois la douleur partie ?

Oui : il est conseillé de poursuivre le renforcement (résistance lente et lourde) en parallèle de la reprise sportive, plutôt que de l’arrêter dès que la douleur diminue. Le renforcement maintenu aide à conserver la capacité de charge du tendon.

Combien de temps faut-il compter ?

On compte en mois, pas en jours. Dans le plus grand essai sur le sujet, le score de douleur et de fonction continuait de progresser jusqu’à 24 semaines (six mois), et la durée médiane des symptômes avant la prise en charge était de 2 ans (Breda 2021). La régularité compte autant que le choix précis des exercices.

Les anti-inflammatoires suffisent-ils ?

Non : il s’agit d’un tendon à réadapter à la charge, pas d’une inflammation à « éteindre ». Les études histologiques montrent des modifications dégénératives avec très peu de cellules inflammatoires, ce qui explique l’inefficacité des traitements purement anti-inflammatoires dans cette indication (Breda 2021). La stratégie de fond reste l’exercice dosé.

Pour aller plus loin

Information éducative fondée sur la littérature scientifique (essais randomisés, revues systématiques et méta-analyses). Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale : la tendinopathie rotulienne est un diagnostic posé par un médecin après examen. Les délais de récupération et la reprise du sport varient d’une personne à l’autre et ne peuvent être garantis ; la notion de « douleur tolérée à l’effort » doit être encadrée par un professionnel de santé. En cas de douleur intense, de gonflement ou de traumatisme, consultez sans tarder.

Sources

  • Breda SJ, Oei EHG, Zwerver J, et al. Effectiveness of progressive tendon-loading exercise therapy in patients with patellar tendinopathy : a randomised clinical trial. Br J Sports Med. 2021 (d’après PubMed). DOI (PMID 33219115).
  • Malliaras P, Barton CJ, Reeves ND, Langberg H. Achilles and patellar tendinopathy loading programmes : a systematic review comparing clinical outcomes and identifying potential mechanisms for effectiveness. Sports Med. 2013 (d’après PubMed). DOI (PMID 23494258).
  • Rio E, van Ark M, Docking S, et al. Isometric Contractions Are More Analgesic Than Isotonic Contractions for Patellar Tendon Pain : An In-Season Randomized Clinical Trial. Clin J Sport Med. 2017 (d’après PubMed). DOI (PMID 27513733).
  • van Ark M, Cook JL, Docking SI, et al. Do isometric and isotonic exercise programs reduce pain in athletes with patellar tendinopathy in-season ? A randomised clinical trial. J Sci Med Sport. 2016 (d’après PubMed). DOI (PMID 26707957).
  • Li Y, Sun D, Fang Y, et al. Mixed comparison of intervention with eccentric, isometric, and heavy slow resistance for VISA-P in adults with patellar tendinopathy : A systematic review and network meta-analysis. Heliyon. 2024 (d’après PubMed). DOI (PMID 39559237).
  • Liu Y, Li C, Yang F. Comparative effectiveness of exercise interventions for patellar tendinopathy : a systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Sports Sci Med Rehabil. 2026 (d’après PubMed). DOI (PMID 42192475).

En savoir plus sur Kinésithérapeute à domicile à Paris – William Legendre

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Information éducative fondée sur la littérature scientifique. Ces éléments ne se substituent pas à un diagnostic médical ni à une consultation avec un masseur-kinésithérapeute diplômé d’État.

En savoir plus sur Kinésithérapeute à domicile à Paris – William Legendre

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Kinésithérapeute à domicile à Paris – William Legendre

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture