Auteur
William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).
En bref · TL;DR
- La tendinopathie d’Achille est une atteinte dégénérative du tendon (et non une simple « inflammation ») : c’est pourquoi la prise en charge privilégie la mise en charge progressive plutôt que le repos strict ou les anti-inflammatoires.
- Le protocole d’Alfredson repose sur des exercices excentriques du mollet à charge lourde, réalisés pendant 12 semaines.
- Dans l’étude fondatrice (Alfredson, 1998), portant sur 15 athlètes ayant une tendinopathie achilléenne chronique, tous étaient revenus à leur niveau de course après 12 semaines, avec une baisse significative de la douleur et une récupération de la force.
- Il s’agit d’une petite étude fondatrice (15 patients) : ses résultats sont marquants mais doivent être interprétés avec la prudence qu’impose un effectif réduit.
- La place des ondes de choc et d’autres options reste discutée : les revues récentes rapportent un effet limité ou peu concluant sur la douleur et la fonction dans la tendinopathie d’Achille.
La douleur du tendon d’Achille — au-dessus du talon, à l’arrière de la cheville — est fréquente chez les personnes actives comme chez les coureurs. Longtemps abordée comme une « tendinite » à mettre au repos, elle est aujourd’hui comprise différemment : il s’agit le plus souvent d’une tendinopathie, c’est-à-dire une atteinte de la structure du tendon, pour laquelle le mouvement encadré occupe une place centrale. L’approche la plus connue dans ce domaine est le protocole d’exercices excentriques décrit par Alfredson en 1998. Cet article fait le point sur ce que montre réellement cette étude fondatrice, sur le déroulé des exercices et sur la place des autres options, en s’en tenant strictement à ce que disent les sources.
Tendinite ou tendinopathie d’Achille ?
On parle aujourd’hui de tendinopathie, car il s’agit d’une atteinte dégénérative du tendon et non d’une véritable inflammation. Le terme « tendinite » (suffixe -ite, qui désigne l’inflammation) est en réalité impropre dans la plupart des cas : les analyses du tissu montrent surtout une désorganisation et une dégradation de la structure du tendon, sans cellules inflammatoires marquées. Cette distinction n’est pas qu’un détail de vocabulaire : elle change la logique de traitement. Puisque le problème est avant tout une altération structurelle liée à des contraintes répétées, la stratégie privilégie la mise en charge progressive du tendon — pour stimuler sa réorganisation et améliorer sa tolérance à l’effort — plutôt que le repos prolongé ou les anti-inflammatoires.
Qu’est-ce que le protocole d’Alfredson ?
C’est un programme d’exercices excentriques du mollet « à charge lourde », mené pendant 12 semaines, décrit par Hakan Alfredson et ses collègues en 1998. L’exercice excentrique est une contraction au cours de laquelle le muscle produit une force tout en s’allongeant (la phase de « freinage »). Appliqué au triceps sural (les muscles du mollet), il sollicite le tendon d’Achille de façon progressive et contrôlée. Dans l’étude originale, publiée dans The American Journal of Sports Medicine, ce travail excentrique à charge lourde a été conduit sur 12 semaines chez des athlètes souffrant d’une tendinopathie achilléenne chronique qui n’avait pas répondu aux traitements conventionnels.
Un point mérite d’être souligné d’emblée pour rester honnête sur le niveau de preuve : il s’agit d’une petite étude fondatrice. Elle a porté sur 15 athlètes seulement, suivis de façon prospective, et comparés à un autre groupe de 15 patients traités de manière classique (repos, anti-inflammatoires, modifications de chaussures ou d’orthèses, kinésithérapie). Ses résultats ont été déterminants pour populariser l’exercice excentrique, mais un effectif aussi réduit invite à la prudence dans la généralisation.
Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.
Comment se déroulent les exercices excentriques ?
Le principe repose sur des exercices excentriques du mollet répétés régulièrement, avec une progression de la charge, sur l’ensemble des 12 semaines. Concrètement, le mouvement consiste à abaisser lentement le talon en dessous du niveau d’une marche, le poids du corps portant sur l’avant-pied : c’est la descente, freinée par le mollet, qui constitue la phase excentrique sollicitant le tendon. L’idée directrice est d’augmenter graduellement la contrainte à mesure que le tendon tolère mieux l’effort. La régularité et la progressivité sont au cœur de la méthode.
Une nuance importante : dans la tendinopathie, une gêne ou une douleur modérée pendant l’exercice n’est pas nécessairement un signe d’aggravation, contrairement à une idée répandue. Cela ne dispense évidemment pas d’un encadrement adapté : l’intensité, la fréquence et la progression précises gagnent à être individualisées avec un professionnel de santé, en fonction de la tolérance de chacun. Les modalités chiffrées exactes (nombre de séries, de répétitions et de séances quotidiennes) varient selon les descriptions et les adaptations du protocole ; l’essentiel à retenir est le principe : un travail excentrique du mollet, répété quotidiennement et en progression de charge, conduit sur douze semaines.
En combien de temps espérer une amélioration ?
Dans l’étude d’Alfredson, l’amélioration a été évaluée au terme des 12 semaines de programme. À l’entrée, les 15 athlètes avaient une douleur du tendon d’Achille qui empêchait la course, et une force du mollet diminuée du côté atteint. Après 12 semaines d’entraînement excentrique à charge lourde, tous étaient revenus à leur niveau de course antérieur, avec une baisse significative de la douleur et une force du mollet redevenue comparable à celle du côté sain. À l’inverse, dans le groupe traité de façon conventionnelle, aucun cas n’avait évolué favorablement et tous les patients avaient finalement été opérés.
Ces résultats sont encourageants, mais ils doivent être lus pour ce qu’ils sont : ceux d’une petite série de 15 patients, athlètes, suivis sur le court terme. Ils ne permettent pas d’annoncer un « taux de guérison » applicable à toutes les situations. L’évolution réelle dépend de nombreux facteurs (ancienneté des symptômes, niveau d’activité, régularité des exercices), et la patience reste de mise : la réorganisation d’un tendon prend du temps.
| Élément | Ce que montre l’étude fondatrice | Source |
|---|---|---|
| Type d’exercice | Exercices excentriques du mollet « à charge lourde » | Alfredson, 1998 |
| Durée du programme | 12 semaines | Alfredson, 1998 |
| Effectif | 15 athlètes (groupe traité) ; à interpréter comme une petite série | Alfredson, 1998 |
| Résultat principal | Retour au niveau de course pour les 15 ; douleur diminuée, force récupérée | Alfredson, 1998 |
| Place des ondes de choc | Option discutée ; effet limité ou peu concluant sur la douleur et la fonction | Revues systématiques récentes |
« Après douze semaines d’entraînement excentrique du mollet, les quinze athlètes étaient revenus à leur niveau de course antérieur, avec une diminution significative de la douleur et une récupération de la force. »
D’après Alfredson et coll., The American Journal of Sports Medicine, 1998
Quelle place pour les ondes de choc et les autres options ?
Les ondes de choc (ESWT) sont une option discutée : dans la tendinopathie d’Achille, les revues récentes rapportent un effet limité ou peu concluant sur la douleur et la fonction. Plusieurs synthèses de la littérature ont évalué cette technique. Elles concluent, pour le tendon d’Achille, à un bénéfice faible ou incertain par rapport à l’exercice, avec un niveau de preuve modeste ; les auteurs appellent généralement à des études complémentaires de meilleure qualité avant de pouvoir trancher. Autrement dit, les ondes de choc ne peuvent pas être présentées ici comme un traitement dont l’efficacité serait clairement démontrée dans cette indication.
Plus largement, la prise en charge de la tendinopathie d’Achille s’envisage au cas par cas. Le travail de mise en charge progressive — dont l’exercice excentrique est la forme la plus documentée — reste la pierre angulaire, mais le choix des modalités, l’éventuelle association à d’autres approches et la conduite à tenir en cas d’échec relèvent d’un avis médical individualisé. Une douleur qui persiste, qui s’aggrave ou qui s’accompagne de signes inhabituels justifie de consulter pour réévaluer la situation.
Pour aller plus loin
- Tendinopathie de la coiffe des rotateurs (tendons de l’épaule)
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur la littérature scientifique. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale.
Sources
- Alfredson H, Pietilä T, Jonsson P, Lorentzon R. Heavy-load eccentric calf muscle training for the treatment of chronic Achilles tendinosis. The American Journal of Sports Medicine. 1998;26(3):360-6. PMID 9617396. https://doi.org/10.1177/03635465980260030301
- Charles R, Fang L, Zhu R, Wang J. The effectiveness of shockwave therapy on patellar tendinopathy, Achilles tendinopathy, and plantar fasciitis : a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Immunology. 2023;14:1193835. https://doi.org/10.3389/fimmu.2023.1193835