Pubalgie du sportif : comprendre et rééduquer la douleur à l’aine

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Auteur

William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).

En bref · TL;DR

  • « Pubalgie » est un terme parapluie pour la douleur à l’aine du sportif. La classification de référence (accord de Doha) la répartit en entités cliniques : liée aux adducteurs (la plus fréquente), à l’iliopsoas, inguinale, pubienne, plus la douleur liée à la hanche et les autres causes (Weir 2015).
  • Pour la forme la plus courante (adducteurs), un entraînement actif progressif est plus efficace qu’un traitement passif : dans l’essai fondateur, 23 sportifs sur 29 ont repris le sport sans douleur avec l’exercice, contre 4 sur 30 sans (Hölmich 1999).
  • Le repos strict seul ne suffit généralement pas : c’est la reprise progressive de la charge et le renforcement qui font la différence.
  • Les délais sont variables : dans une cohorte de rééducation, 73 % des sportifs ont repris sans douleur en moyenne vers 10 semaines, mais après des symptômes anciens (King 2018). Aucun délai ne peut être promis individuellement.
  • La chirurgie reste l’exception, envisagée après l’échec d’un traitement conservateur bien mené ; pour la douleur de l’aine en général, elle n’a pas montré d’avantage clair sur la rééducation (Serner 2015 ; King 2018).
  • Certains signes imposent un avis médical : douleur de hanche mécanique, masse/voussure inguinale, fièvre, douleur nocturne inhabituelle ou traumatisme — le diagnostic différentiel revient au médecin.

« J’ai une pubalgie » : chez le footballeur, le rugbyman ou le coureur, la formule est devenue un raccourci pour toute douleur à l’aine qui traîne. Le mot est pourtant trompeur, car il ne désigne pas une maladie unique mais une famille de douleurs d’origines différentes, dont la plus fréquente concerne les muscles adducteurs. Comprendre de quoi l’on parle change la prise en charge : cela oriente vers le bon renforcement, aide à se situer dans le temps et permet de repérer les situations qui relèvent du médecin. Cet article fait le point, dans une perspective éducative, sur ce que recouvre la pubalgie, sur le débat repos contre rééducation, sur les délais habituels, sur la place — rare — de la chirurgie et sur les signes qui doivent faire consulter.

Note d’honnêteté : la qualité des études sur la douleur de l’aine du sportif reste globalement faible. Une revue systématique de référence n’a jugé que 6 % des publications de bonne qualité méthodologique (Serner 2015). Les repères ci-dessous sont donc présentés avec prudence ; ils ne remplacent pas un bilan individualisé.

Qu’est-ce que la pubalgie (douleur à l’aine du sportif) ?

La « pubalgie » n’est pas un diagnostic unique : c’est un terme général pour la douleur de l’aine du sportif, dont la cause la plus fréquente est une atteinte des adducteurs. Pour mettre fin à la confusion des appellations, un groupe international d’experts a proposé une terminologie commune lors de l’accord de Doha (Weir et al., d’après PubMed). Cette classification, fondée sur l’interrogatoire et l’examen clinique, distingue trois grandes catégories : 1) des entités cliniques définies — douleur liée aux adducteurs, à l’iliopsoas, inguinale et pubienne ; 2) la douleur liée à la hanche ; 3) les autres causes de douleur de l’aine. DOI (PMID 26031643).

Cette nuance est tout sauf théorique. Plusieurs entités peuvent coexister chez un même sportif, et c’est précisément parce que la douleur de l’aine peut venir de structures très différentes — muscle, tendon, os du pubis, région inguinale ou articulation de la hanche — que l’examen médical est indispensable pour préciser l’origine. En pratique, l’atteinte des adducteurs est l’une des plus courantes et l’une des mieux documentées sur le plan du traitement ; c’est surtout d’elle qu’il sera question dans les sections suivantes, en le signalant à chaque fois.

Repos ou rééducation ?

Pour la pubalgie liée aux adducteurs, la rééducation active l’emporte sur le repos seul : c’est le renforcement progressif qui fait revenir au sport. L’essai fondateur sur le sujet (Hölmich et al., d’après PubMed) a comparé, chez 68 sportifs souffrant d’une douleur d’aine liée aux adducteurs de longue date (médiane : 40 semaines), un programme d’entraînement actif centré sur la force et la coordination des muscles du bassin (adducteurs en tête) à une prise en charge passive sans exercice actif. Résultat : 23 sportifs sur 29 du groupe entraînement actif ont repris le sport à leur niveau sans douleur, contre seulement 4 sur 30 dans le groupe passif (odds ratio 12,7 ; IC 95 % 3,4–47,2). DOI (PMID 9989713).

Ce constat est cohérent avec la synthèse de la littérature : une revue systématique consacrée au traitement de la douleur de l’aine du sportif (Serner et al., d’après PubMed) retient un niveau de preuve modéré en faveur des exercices actifs par rapport aux traitements passifs pour la douleur liée aux adducteurs, ainsi que pour les approches combinant exercices et thérapie manuelle afin de raccourcir le retour au sport. DOI (PMID 25633830). Autrement dit : rester totalement à l’arrêt en attendant que « ça passe » est rarement la bonne stratégie. La logique consiste plutôt à diminuer temporairement les gestes les plus douloureux, puis à recharger progressivement les adducteurs et le gainage. C’est l’objet du tableau plus bas.

Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.

Combien de temps ? Quand reprendre le sport ?

Il n’existe pas de délai garanti : la durée dépend de l’entité en cause, de l’ancienneté des symptômes et de la progression de chacun. Les chiffres disponibles donnent toutefois des ordres de grandeur. Dans une cohorte de 205 sportifs pris en charge par un programme de rééducation ciblant le contrôle du bassin et du tronc (King et al., d’après PubMed), 73 % ont repris le sport sans douleur, en moyenne au bout de 9,9 semaines (écart-type 3,5) — et ce alors que la durée médiane des symptômes avant rééducation dépassait 8 mois. DOI (PMID 29550754). Dans cette même étude, les protocoles antérieurs centrés sur les adducteurs rapportaient des retours au sport plus tardifs (de l’ordre de 17 à 18 semaines).

Deux enseignements pratiques. D’abord, la reprise se fait par paliers : on ne rejoue pas du jour au lendemain, on réintroduit graduellement la course, les changements de direction puis les gestes spécifiques au sport, en se servant de la douleur comme repère d’ajustement. Ensuite, ces moyennes ne sont pas des promesses : une partie des sportifs récupère plus vite, d’autres plus lentement, et certains gardent une gêne résiduelle. Le bon critère de reprise n’est pas une date sur le calendrier, mais l’absence de douleur sur les tests et les gestes du sport, validée avec le professionnel qui suit la rééducation.

PhaseObjectifExemples d’exercices (adducteurs / gainage)Prudence
1. Apaiser & protégerRéduire la douleur, garder de la mobilité, éviter l’arrêt totalContractions douces des adducteurs (isométriques), gainage de base sans douleur, activité générale toléréeDiminuer temporairement les gestes très douloureux ; ne pas chercher à « forcer » dans la douleur vive
2. Renforcer progressivementRecharger les adducteurs et le bassin, restaurer la force et la coordinationRenforcement progressif des adducteurs (dont exercices type « Copenhagen »), gainage latéral/antérieur, travail du bassinAugmenter la charge par paliers ; une légère gêne qui se calme vite peut être acceptable, une douleur qui s’aggrave non
3. RéathlétisationRéintroduire course, accélérations et changements de directionCourse progressive, foulées, changements de direction contrôlés, gestes proches du sportRespecter la progression de la charge pour éviter les pics brutaux et la récidive
4. Retour au sportReprendre l’entraînement puis la compétitionDrills spécifiques au sport, reprise graduelle des matchesReprise guidée par l’absence de douleur sur les tests et les gestes, pas par une date fixe

Tableau pédagogique de synthèse : il illustre une logique de progression et ne constitue pas un protocole personnalisé. Le contenu, le rythme et les exercices doivent être adaptés à chaque situation par un masseur-kinésithérapeute, en lien avec le médecin.

Faut-il opérer une pubalgie ?

La chirurgie reste l’exception : elle ne s’envisage qu’après l’échec d’un traitement conservateur bien conduit, et seulement pour certaines formes. Pour la douleur de l’aine prise globalement, il n’existe pas de preuve qu’opérer fasse mieux que rééduquer : une revue systématique citée par les auteurs d’une grande cohorte de rééducation ne retrouvait pas de différence claire de taux ni de délai de retour au sport entre chirurgie et rééducation (King et al., d’après PubMed). DOI (PMID 29550754). C’est une raison de plus pour commencer par un traitement non chirurgical sérieux et lui laisser le temps d’agir.

La situation diffère pour une entité particulière : la douleur inguinale de type « hernie du sportif » (sportsman’s hernia). Pour celle-ci, la même synthèse de la littérature (Serner et al., d’après PubMed) retient un niveau de preuve modéré en faveur du traitement chirurgical par rapport au traitement conservateur. DOI (PMID 25633830). Mais cela reste une indication ciblée, posée par un chirurgien après bilan, et non la règle générale de la pubalgie. Pour la forme la plus fréquente — liée aux adducteurs — la voie de première intention demeure la rééducation. La décision d’opérer, lorsqu’elle se discute, relève d’un avis médico-chirurgical spécialisé.

« Il existe un niveau de preuve modéré en faveur de l’efficacité du traitement conservateur (exercices actifs et traitements multimodaux) ainsi que de la chirurgie chez les patients souffrant de douleur de l’aine liée aux adducteurs. Il existe un niveau de preuve modéré en faveur de l’efficacité du traitement chirurgical dans la hernie du sportif. »

D’après Serner A, van Eijck CH, Beumer BR et al., revue systématique, British Journal of Sports Medicine, 2015 (d’après PubMed). DOI (PMID 25633830).

Quels signes doivent faire consulter ?

Avant de parler de « pubalgie », il faut écarter d’autres causes : c’est le rôle du médecin que de faire le diagnostic différentiel. Une douleur de l’aine peut en effet provenir de la hanche (atteinte articulaire), d’une hernie de la paroi, voire d’une cause plus générale (urinaire, digestive, gynécologique) ou, rarement, de pathologies plus sérieuses. Plusieurs des entités regroupées sous le terme de douleur de l’aine du sportif — y compris la composante liée à la hanche — figurent d’ailleurs explicitement dans la classification de référence (Weir et al., d’après PubMed). DOI (PMID 26031643). La capsule ci-dessous récapitule les situations qui justifient un avis médical plutôt qu’une simple gestion « maison ».

Quand demander un avis médical

  • Douleur de hanche mécanique : blocage, accrochage, perte de mobilité de la hanche, ou douleur profonde dans le pli de l’aine.
  • Masse ou voussure au niveau de l’aine, gonflement, ou douleur déclenchée par la toux et l’effort (faisant évoquer une hernie).
  • Signes généraux : fièvre, altération de l’état général, amaigrissement inexpliqué, ou douleur nocturne inhabituelle.
  • Contexte traumatique : douleur aiguë et intense après un choc ou un mouvement violent, impossibilité d’appuyer ou de marcher.
  • Douleur qui ne s’améliore pas malgré une prise en charge adaptée, ou qui s’aggrave.

En présence de l’un de ces éléments, mieux vaut consulter avant de poursuivre seul des exercices : le diagnostic et l’orientation reviennent au médecin.

En dehors de ces situations, la pubalgie du sportif relève d’un parcours de soins ordinaire : une fois le diagnostic posé, la kinésithérapie accompagne la reprise par un renforcement progressif et une réathlétisation adaptée, en coordination avec le médecin. C’est aussi l’occasion de travailler la prévention : un programme simple de renforcement des adducteurs (exercice « Copenhagen ») a réduit le risque de problèmes d’aine chez des footballeurs (risque diminué d’environ 41 % ; OR 0,59) (Harøy et al., d’après PubMed). DOI (PMID 29891614).

Pour aller plus loin

Information éducative fondée sur la littérature scientifique (revues systématiques et essais contrôlés randomisés). Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. Les délais cités sont des moyennes et ne constituent pas une promesse individuelle. En présence d’un signe d’alerte, consultez sans tarder.

Sources

  • Weir A, Brukner P, Delahunt E, et al. Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes. Br J Sports Med. 2015 (d’après PubMed). DOI (PMID 26031643).
  • Hölmich P, Uhrskou P, Ulnits L, et al. Effectiveness of active physical training as treatment for long-standing adductor-related groin pain in athletes: randomised trial. Lancet. 1999 (d’après PubMed). DOI (PMID 9989713).
  • King E, Franklyn-Miller A, Richter C, et al. Clinical and biomechanical outcomes of rehabilitation targeting intersegmental control in athletic groin pain: prospective cohort of 205 patients. Br J Sports Med. 2018 (d’après PubMed). DOI (PMID 29550754).
  • Serner A, van Eijck CH, Beumer BR, et al. Study quality on groin injury management remains low: a systematic review on treatment of groin pain in athletes. Br J Sports Med. 2015 (d’après PubMed). DOI (PMID 25633830).
  • Harøy J, Clarsen B, Wiger EG, et al. The Adductor Strengthening Programme prevents groin problems among male football players: a cluster-randomised controlled trial. Br J Sports Med. 2019 (d’après PubMed). DOI (PMID 29891614).

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