Auteur
William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).
En bref · TL;DR
- L’épicondylite latérale (« tennis elbow ») est une douleur de la face externe du coude liée aux tendons des muscles épicondyliens. Son évolution est le plus souvent favorable.
- Dans l’essai de Bisset (BMJ, 2006), à 52 semaines il n’y avait pas de différence entre kinésithérapie et simple attente : la plupart des participants des deux groupes rapportaient une évolution favorable.
- La kinésithérapie (manipulation du coude + exercices) s’est montrée supérieure à l’attente durant les 6 premières semaines, et supérieure à l’infiltration après 6 semaines (Bisset, 2006).
- L’infiltration de corticoïde apporte un soulagement plus rapide à 6 semaines, mais elle est paradoxalement suivie de fortes récidives et de moins bons résultats à long terme (Bisset 2006 ; Smidt, Lancet, 2002) : elle est à utiliser avec prudence.
- Des recommandations néerlandaises préconisent une politique d’attente vigilante (« wait-and-see »), la douleur s’améliorant souvent d’elle-même (Smidt, 2002).
La douleur de la face externe du coude, communément appelée « tennis elbow », est une cause fréquente de gêne lors des gestes du quotidien : serrer la main, soulever une charge, tenir un objet. Son nom médical est épicondylite latérale (ou épicondylalgie). Faut-il une infiltration de corticoïde pour aller plus vite ? La kinésithérapie est-elle utile ? Combien de temps pour récupérer ? Plusieurs essais contrôlés de référence apportent des réponses parfois contre-intuitives. Cet article fait le point à la lumière de deux études marquantes : l’essai de Bisset et coll. (BMJ, 2006) et celui de Smidt et coll. (The Lancet, 2002).
Qu’est-ce que l’épicondylite (tennis elbow) ?
C’est une douleur de la face externe du coude, au niveau de l’épicondyle latéral, liée à une souffrance des tendons des muscles qui s’y attachent. Ces muscles, dits épicondyliens, commandent notamment l’extension du poignet et des doigts. Malgré le suffixe « -ite » qui évoque une inflammation, il s’agit avant tout d’une atteinte des tendons (tendinopathie). La douleur est typiquement réveillée par la préhension et les mouvements du poignet. Le diagnostic est essentiellement clinique. L’affection est fréquente chez l’adulte d’âge moyen et ne concerne pas seulement les joueurs de tennis, d’où la prudence vis-à-vis de l’appellation populaire.
Comment ça évolue ?
L’évolution de l’épicondylite est le plus souvent favorable, y compris sans traitement actif spécifique. C’est l’un des enseignements majeurs des essais contrôlés. Dans l’étude de Bisset et coll. (BMJ, 2006), qui a comparé sur 52 semaines la kinésithérapie, l’infiltration de corticoïde et une simple attente (« wait and see »), aucune différence n’était observée entre la kinésithérapie et l’attente à 52 semaines : la plupart des participants des deux groupes rapportaient une évolution favorable. Autrement dit, à un an, la majorité des personnes vont mieux, quel que soit le chemin emprunté.
Ce constat a une conséquence pratique forte : l’enjeu n’est pas tant de « guérir » à tout prix par un traitement agressif, mais de gérer la douleur et de récupérer la fonction sur les semaines qui suivent, en tenant compte du fait que le temps joue souvent en faveur de la personne. C’est ce qui sous-tend la politique d’attente vigilante recommandée par les guides néerlandais cités par Smidt et coll. (Lancet, 2002).
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Faut-il une infiltration de corticoïde ?
L’infiltration de corticoïde soulage plus vite à court terme, mais elle est à utiliser avec prudence car elle est suivie de fortes récidives et de moins bons résultats à long terme. C’est tout le paradoxe mis en évidence par les essais. Dans l’étude de Bisset (BMJ, 2006), l’infiltration donnait de meilleurs résultats à 6 semaines ; mais ce bénéfice initial était paradoxalement suivi de récidives importantes (47 succès sur 65 ont ensuite régressé) et de moins bons résultats à long terme que la kinésithérapie.
L’essai de Smidt et coll. (The Lancet, 2002) va dans le même sens. À 6 semaines, l’infiltration était nettement la plus efficace (92 % de succès). Mais le taux de récidive y était élevé, et à 52 semaines la hiérarchie s’inversait : le taux de succès n’était plus que de 69 % pour l’infiltration, contre 91 % pour la kinésithérapie et 83 % pour la politique d’attente. Ces données invitent à ne pas considérer l’infiltration comme une solution de fond, et à bien informer la personne des avantages et inconvénients de chaque option. La décision relève d’un avis médical individualisé.
| Approche (Smidt, Lancet 2002 — taux de succès) | À 6 semaines | À 52 semaines |
|---|---|---|
| Kinésithérapie | 47 % | 91 % |
| Attente vigilante (« wait-and-see ») | 32 % | 83 % |
| Infiltration de corticoïde | 92 % | 69 % |
Lecture du tableau : l’infiltration est la plus efficace à court terme (6 semaines) mais la moins favorable à un an, du fait des récidives ; la kinésithérapie, moins rapide initialement, donne le meilleur résultat à 52 semaines.
La kinésithérapie est-elle utile ?
Oui : la kinésithérapie a montré un bénéfice sur les premières semaines par rapport à la simple attente, et de meilleurs résultats que l’infiltration au-delà de 6 semaines. Dans l’essai de Bisset (BMJ, 2006), la prise en charge associant manipulation du coude et exercices était supérieure à l’attente durant les 6 premières semaines et supérieure à l’infiltration après 6 semaines. Les auteurs notaient en outre que les personnes prises en charge en kinésithérapie recouraient moins à d’autres traitements (antalgiques, anti-inflammatoires) que celles des autres groupes.
Concrètement, la rééducation peut comporter du travail manuel sur le coude et un renforcement progressif des muscles concernés, accompagnés de conseils sur l’adaptation des gestes douloureux. Le renforcement gradué est souvent proposé ; la littérature sur le détail des protocoles (par exemple le rôle propre des exercices excentriques) reste toutefois nuancée, et aucun chiffre de bénéfice consensuel ne peut en être tiré ici. L’intérêt de la kinésithérapie tient surtout à un accompagnement actif, peu invasif, applicable en cabinet comme au domicile.
Combien de temps pour récupérer ?
La récupération se compte en semaines à plusieurs mois, et la majorité des personnes vont nettement mieux à un an. Les essais raisonnent sur des horizons précis : un soulagement peut s’observer dès les premières semaines (plus rapidement après une infiltration), mais c’est le résultat à 52 semaines qui reflète le mieux l’évolution réelle. Or, à un an, la kinésithérapie et l’attente vigilante aboutissent à des taux de succès élevés (respectivement 91 % et 83 % dans l’étude de Smidt, 2002), tandis que le bénéfice initial de l’infiltration s’érode.
Il faut donc se garder des raccourcis : aller plus vite à 6 semaines ne signifie pas aller mieux à un an. La patience, l’adaptation des gestes et un accompagnement actif paraissent plus déterminants qu’un soulagement rapide mais fragile. En cas de douleur persistante, atypique ou de signes inhabituels, un avis médical est recommandé pour réévaluer la situation.
« Les bénéfices significatifs à court terme de l’infiltration de corticoïde sont paradoxalement inversés après six semaines, avec des taux de récidive élevés, ce qui implique que ce traitement doit être utilisé avec prudence dans la prise en charge du tennis elbow. »
Bisset et coll., BMJ, 2006 (traduction de l’abstract)
Pour aller plus loin
- Tendinopathie de la coiffe des rotateurs (tendons de l’épaule)
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur des essais contrôlés et la littérature scientifique. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale.
Sources
- Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow : randomised trial. BMJ. 2006 ;333(7575) :939. PMID 17012266. DOI : 10.1136/bmj.38961.584653.AE.
- Smidt N, van der Windt DAWM, Assendelft WJJ, Devillé WLJM, Korthals-de Bos IBC, Bouter LM. Corticosteroid injections, physiotherapy, or a wait-and-see policy for lateral epicondylitis : a randomised controlled trial. Lancet. 2002 ;359(9307) :657-62. PMID 11879861. DOI : 10.1016/S0140-6736(02)07811-X.