En bref · TL;DR
- L’épicondylite latérale (« tennis elbow ») est une douleur de la face externe du coude liée aux tendons des muscles épicondyliens. Son évolution est le plus souvent favorable : environ 90 % des cas régressent spontanément en un an (méta-analyse Ikonen, 2022, niveau I).
- La kinésithérapie active (renforcement, dont travail excentrique et résistance) améliore la douleur, la force de préhension et la fonction davantage que l’abstention ou l’infiltration de corticoïde : le bénéfice est réel mais modeste (méta-analyse Karanasios, 2020).
- L’infiltration de corticoïde soulage à court terme (≈ 1 mois) mais est associée à une récidive nettement plus élevée et à un moins bon rétablissement à un an (récidive 54 % vs 12 % sous placebo ; Coombes, JAMA, 2013). Elle n’est plus recommandée en première intention.
- L’enjeu n’est donc pas un traitement agressif et rapide, mais un accompagnement actif, peu invasif, sur quelques semaines à quelques mois, le temps jouant le plus souvent en faveur de la personne.
La douleur de la face externe du coude, communément appelée « tennis elbow », est une cause fréquente de gêne lors des gestes du quotidien : serrer la main, soulever une charge, tenir un objet. Son nom médical est épicondylite latérale (ou épicondylalgie). Faut-il une infiltration de corticoïde pour aller plus vite ? La kinésithérapie est-elle utile ? Combien de temps pour récupérer ? Les données scientifiques récentes apportent des réponses parfois contre-intuitives. Cet article fait le point à la lumière des méta-analyses les plus à jour (Karanasios 2020 ; Ikonen 2022) et d’essais contrôlés de référence (Coombes, JAMA, 2013 ; Bisset, BMJ, 2006 ; Smidt, The Lancet, 2002).
Qu’est-ce que l’épicondylite (tennis elbow) ?
C’est une douleur de la face externe du coude, au niveau de l’épicondyle latéral, liée à une souffrance des tendons des muscles qui s’y attachent. Ces muscles, dits épicondyliens, commandent notamment l’extension du poignet et des doigts. Malgré le suffixe « -ite » qui évoque une inflammation, il s’agit avant tout d’une atteinte des tendons (tendinopathie). La douleur est typiquement réveillée par la préhension et les mouvements du poignet. Le diagnostic est essentiellement clinique. L’affection est fréquente chez l’adulte d’âge moyen et ne concerne pas seulement les joueurs de tennis, d’où la prudence vis-à-vis de l’appellation populaire.
Comment ça évolue ?
L’évolution de l’épicondylite est le plus souvent favorable, y compris sans traitement actif spécifique. C’est l’un des enseignements majeurs de la recherche récente. Une méta-analyse des bras « sans traitement actif » des essais (Ikonen et coll., Clin Orthop Relat Res, 2022, niveau I) a montré qu’environ 90 % des personnes atteintes voient leurs symptômes se résoudre en un an, et que la probabilité de récupération reste constante tout au long de cette première année, indépendamment de l’ancienneté des symptômes. Autrement dit, à un an, la grande majorité des personnes vont nettement mieux.
Ce constat a une conséquence pratique forte : l’enjeu n’est pas tant de « guérir » à tout prix par un traitement agressif (ni de céder à une infiltration pour aller vite), mais de gérer la douleur et de récupérer la fonction sur les semaines qui suivent, en tenant compte du fait que le temps joue souvent en faveur de la personne. C’est dans ce cadre que la kinésithérapie active trouve sa place : accélérer et sécuriser une évolution déjà naturellement favorable, sans les inconvénients des gestes invasifs.
Vous êtes concerné par cette situation ? Je peux vous orienter : 06 13 36 35 92 (message vocal) ou par SMS, sinon william.legendre@phoeniks.fr. Ni le SMS ni la messagerie vocale ne sont sécurisés : vos coordonnées suffisent, n’y indiquez rien de médical. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale. Information éducative, qui ne remplace ni un diagnostic ni une consultation.
Faut-il une infiltration de corticoïde ?
L’infiltration de corticoïde soulage à court terme (environ 1 mois), mais elle est associée à une récidive nettement plus élevée et à un moins bon rétablissement à un an ; elle n’est plus recommandée en première intention. C’est tout le paradoxe mis en évidence par les essais. Dans l’essai contrôlé de Coombes et coll. (JAMA, 2013), l’infiltration de corticoïde a abouti à de moins bons résultats cliniques à un an que le placebo (rétablissement complet ou nette amélioration : 83 % contre 96 %) et à une récidive de 54 % contre 12 % sous placebo. L’essai de Bisset (BMJ, 2006) allait déjà dans ce sens : l’infiltration donnait de meilleurs résultats à 6 semaines, mais ce bénéfice initial était paradoxalement suivi de récidives importantes (47 succès sur 65 ont ensuite régressé) et de moins bons résultats à long terme que la kinésithérapie.
L’essai de Smidt et coll. (The Lancet, 2002) va dans le même sens. À 6 semaines, l’infiltration était nettement la plus efficace (92 % de succès). Mais le taux de récidive y était élevé, et à 52 semaines la hiérarchie s’inversait : le taux de succès n’était plus que de 69 % pour l’infiltration, contre 91 % pour la kinésithérapie et 83 % pour la politique d’attente. Ces données invitent à ne pas considérer l’infiltration comme une solution de fond, et à bien informer la personne des avantages et inconvénients de chaque option. La décision relève d’un avis médical individualisé.
| Approche (Smidt, Lancet 2002 — taux de succès) | À 6 semaines | À 52 semaines |
|---|---|---|
| Kinésithérapie | 47 % | 91 % |
| Attente vigilante (« wait-and-see ») | 32 % | 83 % |
| Infiltration de corticoïde | 92 % | 69 % |
Lecture du tableau : l’infiltration est la plus efficace à court terme (6 semaines) mais la moins favorable à un an, du fait des récidives ; la kinésithérapie, moins rapide initialement, donne le meilleur résultat à 52 semaines.
La kinésithérapie est-elle utile ?
Oui : la kinésithérapie active améliore la douleur, la force de préhension et la fonction davantage que l’abstention ou l’infiltration de corticoïde, avec un bénéfice réel mais modeste. C’est la conclusion de la méta-analyse de Karanasios et coll. (Br J Sports Med, 2020, 30 essais, 2 123 participants) : les interventions par exercice font mieux que les interventions passives, et supplantent l’infiltration de corticoïde à tous les délais sauf sur la douleur à très court terme — l’ampleur de l’effet restant toutefois petite (niveau de preuve faible). Dans l’essai de Bisset (BMJ, 2006), les personnes prises en charge en kinésithérapie recouraient en outre moins à d’autres traitements (antalgiques, anti-inflammatoires) que celles des autres groupes.
Concrètement, la rééducation repose sur un renforcement progressif des muscles concernés — incluant souvent un travail excentrique et une mise en charge graduée — associé à du travail manuel sur le coude et à des conseils sur l’adaptation des gestes douloureux. Une méta-analyse dédiée (Yoon et coll., J Clin Med, 2021) retrouve une amélioration de la douleur et de la force musculaire avec l’exercice excentrique, tout en soulignant l’hétérogénéité des protocoles (charge, durée, fréquence), qui empêche de fixer une « recette » unique. L’intérêt de la kinésithérapie tient à un accompagnement actif et peu invasif, applicable en cabinet comme au domicile, sans les récidives liées à l’infiltration.
Combien de temps pour récupérer ?
La récupération se compte en semaines à plusieurs mois, et la majorité des personnes vont nettement mieux à un an. Les essais raisonnent sur des horizons précis : un soulagement peut s’observer dès les premières semaines (plus rapidement après une infiltration), mais c’est le résultat à 52 semaines qui reflète le mieux l’évolution réelle. Or, à un an, environ 90 % des épicondylites se résolvent (Ikonen, 2022), et la kinésithérapie active y obtient les meilleurs résultats à long terme (91 % de succès à 52 semaines dans l’étude de Smidt, 2002), tandis que le bénéfice initial de l’infiltration s’érode et se solde par davantage de récidives.
Il faut donc se garder des raccourcis : aller plus vite à 6 semaines ne signifie pas aller mieux à un an. La patience, l’adaptation des gestes et un accompagnement actif paraissent plus déterminants qu’un soulagement rapide mais fragile. En cas de douleur persistante, atypique ou de signes inhabituels, un avis médical est recommandé pour réévaluer la situation.
« Les bénéfices significatifs à court terme de l’infiltration de corticoïde sont paradoxalement inversés après six semaines, avec des taux de récidive élevés, ce qui implique que ce traitement doit être utilisé avec prudence dans la prise en charge du tennis elbow. »
Bisset et coll., BMJ, 2006 (traduction de l’abstract)
Questions fréquentes
Faut-il arrêter complètement le sport ou le travail ?
L’approche qui donne les meilleurs résultats à un an n’est pas un repos agressif, mais un accompagnement actif et peu invasif : renforcement progressif (dont travail excentrique), mise en charge graduée et adaptation des gestes douloureux. Mettre le bras totalement au repos n’est donc pas l’objectif ; il s’agit plutôt d’ajuster temporairement les mouvements qui déclenchent la douleur. La conduite à tenir dépend de chaque situation et relève d’un avis professionnel individualisé.
On m’a proposé une infiltration pour aller plus vite : pourquoi hésiter ?
L’infiltration de corticoïde soulage bien à court terme (environ 1 mois), mais elle est associée à une récidive nettement plus élevée et à un moins bon rétablissement à un an : dans l’essai de Coombes (JAMA, 2013), 54 % de récidive contre 12 % sous placebo, et 83 % de rétablissement à un an contre 96 %. « Aller plus vite » à 6 semaines ne signifie pas « aller mieux » à un an. La décision relève d’un avis médical individualisé.
Est-ce que ça risque de revenir ?
Le risque de récidive dépend beaucoup de l’approche choisie. Après une infiltration de corticoïde, les récidives sont fréquentes (jusqu’à 54 % dans l’essai de Coombes, 2013). À l’inverse, la kinésithérapie active obtient les meilleurs résultats à long terme (91 % de succès à 52 semaines dans l’étude de Smidt, 2002). Un accompagnement actif et progressif vise précisément à sécuriser la récupération dans la durée.
Faut-il une échographie ou une IRM pour le diagnostic ?
Le diagnostic de l’épicondylite est essentiellement clinique : il repose sur l’examen et l’interrogatoire, la douleur étant typiquement réveillée par la préhension et les mouvements du poignet. Une imagerie n’est pas systématique. En cas de douleur persistante, atypique ou de signes inhabituels, un avis médical est recommandé pour réévaluer la situation.
Est-ce vraiment réservé aux joueurs de tennis ?
Non. Malgré son surnom de « tennis elbow », l’épicondylite est fréquente chez l’adulte d’âge moyen et ne concerne pas seulement les joueurs de tennis. Elle est souvent liée aux gestes répétés de préhension et du poignet, d’où la prudence vis-à-vis de cette appellation populaire.
La rééducation peut-elle se faire à domicile ?
Oui : la kinésithérapie active de l’épicondylite repose sur un renforcement progressif et des conseils d’adaptation des gestes, un accompagnement applicable en cabinet comme au domicile. Les modalités précises (charge, durée, fréquence) sont à adapter à chaque personne par un masseur-kinésithérapeute.
Pour aller plus loin
- Tendinopathie de la coiffe des rotateurs (tendons de l’épaule)
- Ce que les preuves disent de la charge, des ondes de choc et de l’infiltration dans les tendinopathies
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur des essais contrôlés et la littérature scientifique. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. En France, la masso-kinésithérapie de l’épicondylite (rééducation active par l’exercice) est réalisée sur prescription médicale.
Sources
- Karanasios S, Korakakis V, Whiteley R, Vasilogeorgis I, Woodbridge S, Gioftsos G. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy have better outcomes than passive interventions, but the effects are small : a systematic review and meta-analysis of 2123 subjects in 30 trials. Br J Sports Med. 2020 ;55(9) :477-485. DOI ↗ (PMID 33148599)
- Yoon SY, Kim YW, Shin IS, Kang S, Moon HI, Lee SC. The Beneficial Effects of Eccentric Exercise in the Management of Lateral Elbow Tendinopathy : a Systematic Review and Meta-Analysis. J Clin Med. 2021 ;10(17) :3968. DOI ↗ (PMID 34501416)
- Ikonen J, Lähdeoja T, Ardern CL, Buchbinder R, Reito A, Karjalainen T. Persistent Tennis Elbow Symptoms Have Little Prognostic Value : a Systematic Review and Meta-analysis. Clin Orthop Relat Res. 2022 ;480(4) :647-660. DOI ↗ (PMID 34874323)
- Coombes BK, Bisset L, Brooks P, Khan A, Vicenzino B. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia : a randomized controlled trial. JAMA. 2013 ;309(5) :461-9. DOI ↗ (PMID 23385272)
- Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow : randomised trial. BMJ. 2006 ;333(7575) :939. DOI ↗ (PMID 17012266)
- Smidt N, van der Windt DAWM, Assendelft WJJ, Devillé WLJM, Korthals-de Bos IBC, Bouter LM. Corticosteroid injections, physiotherapy, or a wait-and-see policy for lateral epicondylitis : a randomised controlled trial. Lancet. 2002 ;359(9307) :657-62. DOI ↗ (PMID 11879861)