Auteur
William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).
En bref · TL;DR
- En 2024, Santé publique France a recensé 174 824 hospitalisations liées à une chute chez les 65 ans et plus, et 20 148 décès ; près d’une personne sur cinq déclare avoir chuté dans les douze derniers mois.
- Aménager le logement est l’un des cinq axes du plan antichute des personnes âgées (Santé publique France), aux côtés du repérage, des aides techniques, de l’activité physique et de la téléassistance.
- La sécurisation se travaille pièce par pièce : lieux de passage dégagés, sols non glissants, éclairage adapté, escaliers et salle de bain équipés.
- Selon la HAS (2009), des chutes répétées (au moins 2 sur 12 mois) et le cumul de plusieurs facteurs de risque justifient une évaluation médicale.
- L’aménagement est aussi un volet de la préparation du domicile avant une chirurgie programmée, pour sécuriser le retour à la maison.
La chute du sujet âgé est un problème de santé publique majeur. Une grande partie des situations à risque se joue à l’endroit où l’on passe le plus de temps : le domicile. Cet article est consacré à l’aménagement concret du logement, pièce par pièce, ainsi qu’à la préparation du domicile avant une chirurgie programmée. Il complète notre article dédié à la prévention des chutes après 75 ans, qui détaille, lui, l’épidémiologie et les programmes d’exercice (équilibre, renforcement). Les recommandations citées ici proviennent de Santé publique France, de la Haute Autorité de Santé, de la CNSA et de l’Assurance Maladie.
Pourquoi aménager son domicile ?
Parce que les chutes sont fréquentes, graves et en grande partie évitables. En 2024, Santé publique France a recensé 174 824 hospitalisations liées à une chute chez les personnes de 65 ans et plus, ainsi que 20 148 décès. Près d’une personne sur cinq déclare avoir chuté au cours des douze derniers mois. L’aménagement du logement vise à réduire les situations à risque là où l’on évolue chaque jour.
Pour structurer la prévention, Santé publique France a défini un plan antichute des personnes âgées reposant sur cinq axes complémentaires :
- Repérer les risques de chute et savoir réagir (alerter en cas de chute) ;
- Aménager son logement pour limiter les risques ;
- Recourir aux aides techniques à la mobilité ;
- Pratiquer une activité physique, présentée comme la meilleure arme antichute ;
- S’équiper d’une téléassistance.
L’aménagement du domicile constitue le deuxième axe : il ne remplace pas l’activité physique (détaillée dans notre article sur la prévention des chutes après 75 ans), mais agit en complément sur l’environnement.
Comment sécuriser chaque pièce ?
En passant en revue, zone par zone, les points qui exposent au risque de chute. Le tableau ci-dessous reprend les recommandations officielles d’aménagement, organisées par espace du logement. Pour le choix et la pose des aides techniques (barres d’appui, rehausseur, siège de douche), l’avis d’un ergothérapeute ou d’un kinésithérapeute est précieux.
| Zone | Recommandation | Source |
|---|---|---|
| Lieux de passage | Dégager les obstacles : tapis, fils électriques, jouets, petit meuble bas. | ARS Île-de-France / CHI Créteil ; CNSA |
| Sols | Sols secs, parquet non ciré, tapis antidérapant ; ajouter des bandes antidérapantes sous les tapis ou les fixer au sol. | ARS Île-de-France / CHI Créteil ; Ameli |
| Éclairage | Adapter l’éclairage et installer un « chemin lumineux » nocturne. | CNSA ; ARS Île-de-France / CHI Créteil |
| Escaliers | Nez de marches antidérapants ; signaler le bord des marches par une bande de couleur claire ; rampe / main courante bien fixée. | ARS Île-de-France / CHI Créteil ; CNSA |
| Salle de bain | Fond de baignoire ou de douche antidérapant ; siège de douche fixé au mur ; rehausseur de toilettes (10 à 15 cm) ; barres d’appui bien fixées (ne pas utiliser un porte-serviette comme appui). | ARS Île-de-France / CHI Créteil ; CNSA ; Ameli |
| Câbles | Fixer les câbles au mur ou les regrouper dans un range-fils. | ARS Île-de-France / CHI Créteil |
| Chaussage | Préférer des talons larges et bas (2 à 3 cm), des semelles fines, fermes et antidérapantes. | Ameli ; CNSA |
| Aides techniques | Demander conseil à un ergothérapeute ou à un kinésithérapeute pour le choix (barres d’appui, rehausseur, siège de douche). | Ameli ; CNSA |
Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.
Quels facteurs de risque de chute ?
Le risque de chute dépend de l’environnement, mais aussi de facteurs liés à la personne. La Haute Autorité de Santé (HAS, en lien avec la SFGG, 2009) parle de chutes répétées à partir d’au moins 2 chutes sur une période de 12 mois. Le risque de récidive est considéré comme élevé en présence d’au moins 3 facteurs de risque, ou lorsque la station unipodale (tenir sur un pied) ne dépasse pas 5 secondes, ou que le test Timed Up & Go atteint 20 secondes ou plus.
Constituent des signes de gravité imposant une vigilance particulière : l’impossibilité de se relever seul et une station au sol prolongée au-delà d’une heure. La HAS distingue par ailleurs deux grandes familles de facteurs :
- Facteurs prédisposants (liés à la personne) : âge de 80 ans et plus, sexe féminin, polymédication (plus de 4 médicaments), prise de psychotropes, baisse de force des membres inférieurs, dénutrition, baisse de l’acuité visuelle, déclin cognitif.
- Facteurs précipitants (déclencheurs), souvent liés à l’environnement : éclairage insuffisant, encombrement, chaussage inadapté, ainsi que l’hypotension orthostatique.
Parmi les mesures recommandées par la HAS figurent un apport en vitamine D d’au moins 800 UI par jour, un apport en calcium de 1 à 1,5 g par jour, ainsi qu’une révision des médicaments. Ces décisions relèvent du médecin. Les exercices d’équilibre et de renforcement, eux, sont détaillés dans notre article dédié à la prévention des chutes.
« On parle de chutes répétées à partir d’au moins deux chutes sur une période de douze mois. Le risque de récidive est élevé en présence d’au moins trois facteurs de risque, ou d’un appui unipodal de cinq secondes ou moins, ou d’un Timed Up & Go de vingt secondes ou plus. »
Haute Autorité de Santé / SFGG — Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées, 2009
Comment préparer son domicile avant une chirurgie ?
En anticipant le retour à la maison avant l’intervention, lorsque la chirurgie est programmée. Après une opération (par exemple orthopédique), la mobilité peut être temporairement réduite et le risque de chute augmenté. Préparer le logement en amont permet de sécuriser le retour : la check-list pièce par pièce ci-dessus s’applique directement — dégager les lieux de passage, sécuriser les sols et l’éclairage, équiper la salle de bain (barres d’appui, siège de douche, rehausseur de toilettes), prévoir les aides techniques utiles avec un professionnel.
La rééducation post-opératoire et la préparation avant intervention font l’objet d’un accompagnement spécifique. Pour les protocoles de récupération et la préparation pré-opératoire, consultez nos pages dédiées :
Pour aller plus loin
- Prévenir les chutes après 75 ans — épidémiologie et programmes d’exercice (complémentaire de cet article).
- Programme de prévention des chutes à domicile
- Maintien de l’autonomie et lutte contre le déconditionnement
- Rééducation post-opératoire
- Glossaire kinésithérapie et rééducation
- Tous les articles éducatifs
Information éducative fondée sur les recommandations officielles (Santé publique France, HAS, CNSA, Assurance Maladie). Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. Le choix des aides techniques et toute décision médicale (médicaments, supplémentation) relèvent d’un professionnel de santé. Toute chute doit faire l’objet d’une évaluation médicale.
Sources
- Santé publique France. Chute : données (chez les 65 ans et plus). Mise à jour du 30 mars 2026.
- Santé publique France. Plan antichute des personnes âgées (5 axes).
- Agence régionale de santé Île-de-France / Centre hospitalier intercommunal de Créteil. Aménagement du domicile et prévention des chutes. 2017.
- Haute Autorité de Santé / Société française de gériatrie et gérontologie. Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées. 2009.
- Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (pour-les-personnes-agees.gouv.fr). Aménager son logement et prévenir les chutes. Consulté en 2026.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Prévenir les chutes des personnes âgées : aménagements et chaussage. Consulté en 2026.