Sciatique et lombosciatique : rester actif, imagerie et drapeaux rouges

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Auteur

William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).

En bref · TL;DR

  • La sciatique (ou lombosciatique commune) est une douleur du bas du dos qui irradie dans la jambe, le long du trajet du nerf sciatique. Son évolution est le plus souvent favorable.
  • Le repos au lit systématique n’est pas justifié : selon l’ANAES/HAS (2000), poursuivre les activités ordinaires compatibles avec la douleur est souhaitable (grade B), et rien ne prouve la nocivité de cette poursuite d’activité.
  • L’imagerie n’est pas systématique : il n’y a pas lieu d’en demander dans les 7 premières semaines, sauf signe d’alerte (« drapeau rouge ») ou avant un geste comme la chirurgie ou l’infiltration.
  • La chirurgie n’est envisagée qu’après un délai d’évolution d’au moins 4 à 8 semaines ; l’IRM (à défaut le scanner) se justifie alors dans le bilan préchirurgical.
  • Certains signes imposent un avis médical sans tarder : troubles du contrôle urinaire ou anal, anesthésie de la région du périnée, déficit moteur de la jambe — évocateurs d’un syndrome de la queue de cheval, qui est une urgence.

La « sciatique » est une plainte fréquente : une douleur du bas du dos qui descend dans la fesse et la jambe. Elle inquiète souvent, car elle peut être intense et s’accompagner de fourmillements. Pourtant, dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une lombosciatique commune, dont l’évolution est le plus souvent favorable. Les questions reviennent toujours : faut-il se reposer ? faut-il passer une IRM ? quand faut-il opérer ? Les recommandations officielles françaises — l’ANAES (devenue la HAS) dans sa recommandation « Diagnostic, prise en charge des lombalgies et lombosciatiques communes de moins de 3 mois » de février 2000, et la fiche mémo de la HAS de 2019 sur la lombalgie — apportent des réponses claires. Cet article en fait le point, dans une perspective éducative.

Qu’est-ce qu’une sciatique / lombosciatique ?

La lombosciatique commune est une douleur du bas du dos (lombalgie) associée à une douleur qui irradie dans le membre inférieur, le long du trajet du nerf sciatique. On parle souvent simplement de « sciatique » pour désigner cette douleur de jambe d’origine nerveuse. Le qualificatif « commune » signifie qu’elle n’est pas liée à une cause spécifique grave (fracture, infection, tumeur, maladie inflammatoire), à la différence des situations qui présentent des signes d’alerte (voir plus bas).

La recommandation de référence en France distingue les formes selon leur durée d’évolution ; le présent article porte sur les formes de moins de 3 mois, cadre de la recommandation ANAES/HAS de 2000.

Faut-il rester actif ou se reposer ?

Il est souhaitable de rester actif : la poursuite des activités ordinaires compatibles avec la douleur est recommandée, et le repos au lit systématique n’est pas justifié. C’est l’un des messages clés de l’ANAES/HAS (2000) : il n’existe pas d’argument pour prescrire un repos au lit systématique, et la poursuite des activités habituelles compatibles avec la douleur est souhaitable (grade B). Les données disponibles n’ont par ailleurs montré aucune preuve de nocivité de cette poursuite d’activité.

Autrement dit, plutôt que de s’immobiliser par crainte d’aggraver les choses, il est préférable d’adapter ses activités à la douleur et de continuer à bouger dans les limites du supportable. Cette approche rejoint le message général sur le mal de dos, où le mouvement adapté fait partie de la prise en charge.

QuestionRecommandation (ANAES/HAS 2000)Niveau de preuve
Repos / activitéPas d’argument pour le repos au lit systématique ; poursuite des activités ordinaires compatibles avec la douleur souhaitableGrade B
Manipulations vertébrales (phase aiguë)Pas d’indication dans la lombosciatique aiguëGrade B
Antalgiques / AINSIndiquésGrade B
EMG (électromyogramme)Pas de place dans la lombosciatique aiguëGrade C
Corticothérapie systémiqueEfficacité non démontréeGrade C

Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.

Faut-il faire une imagerie ?

L’imagerie n’est pas systématique : il n’y a pas lieu d’en demander dans les 7 premières semaines, sauf en présence d’un signe d’alerte (« drapeau rouge ») ou avant un geste spécifique (chirurgie, infiltration). C’est ce que précise l’ANAES/HAS (2000) pour la lombalgie et la lombosciatique communes de moins de 3 mois.

L’imagerie destinée à visualiser le conflit entre le disque et la racine nerveuse — l’IRM, ou à défaut le scanner — ne se justifie que dans le cadre du bilan préchirurgical. En dehors de ces situations, réaliser une imagerie trop tôt ne modifie généralement pas la conduite à tenir à la phase initiale. La place de l’imagerie est donc encadrée : elle intervient quand un signe d’alerte la rend nécessaire, ou lorsqu’un geste (opération, infiltration) est envisagé.

Quelle place pour la kinésithérapie ?

La kinésithérapie s’inscrit dans une prise en charge où l’on cherche à maintenir l’activité plutôt qu’à immobiliser. Le principe directeur posé par l’ANAES/HAS (2000) — poursuivre les activités ordinaires compatibles avec la douleur (grade B) — guide naturellement l’accompagnement : aider à rester en mouvement, adapter les gestes du quotidien à la douleur et accompagner la reprise progressive des activités.

À l’inverse, certaines techniques ne sont pas indiquées à la phase aiguë de la lombosciatique. C’est le cas des manipulations vertébrales, pour lesquelles la recommandation ne retient pas d’indication dans la lombosciatique aiguë (grade B). De même, des examens parfois demandés à tort n’ont pas leur place en phase aiguë : l’électromyogramme (EMG) n’y a pas de place (grade C). La kinésithérapie se conçoit dans le cadre de la lombosciatique commune et d’un parcours de soins coordonné ; en présence d’un signe d’alerte, c’est un avis médical qui s’impose en premier lieu.

Quand opérer ?

Dans la lombosciatique commune, la chirurgie n’est envisagée qu’après un délai d’évolution d’au moins 4 à 8 semaines. L’ANAES/HAS (2000) situe ainsi la discussion chirurgicale après cette période d’évolution, et non d’emblée : l’évolution étant le plus souvent favorable, on laisse d’abord le temps à la situation de s’améliorer.

C’est précisément dans cette perspective que se justifie alors l’imagerie du conflit disco-radiculaire (IRM, à défaut scanner), dans le cadre du bilan préchirurgical. Cette logique connaît toutefois une exception majeure : la présence de certains signes d’alerte (voir ci-dessous), en particulier le syndrome de la queue de cheval, qui impose une prise en charge en urgence et ne relève pas de ce délai d’attente.

« Dans la lombosciatique commune de moins de 3 mois, il n’existe pas d’argument pour prescrire un repos au lit systématique ; il n’y a pas lieu de demander d’imagerie dans les 7 premières semaines, sauf en présence de signes d’alerte ou avant un geste (chirurgie, infiltration). La chirurgie n’est envisagée qu’après un délai d’évolution d’au moins 4 à 8 semaines. »

D’après l’ANAES (HAS), « Diagnostic, prise en charge des lombalgies et lombosciatiques communes de moins de 3 mois », février 2000

Quels signes doivent alerter (« drapeaux rouges ») ?

Les « drapeaux rouges » sont des signes qui font suspecter une cause non commune et imposent un avis médical sans tarder. Ils justifient des examens complémentaires, à la différence de la lombosciatique commune. D’après la HAS (2019), ces signes d’alerte comprennent notamment :

  • Symptôme neurologique étendu : déficit du contrôle des sphincters vésicaux ou anaux, atteinte motrice au niveau des jambes, syndrome de la queue de cheval ;
  • Paresthésie au niveau du pubis (ou du périnée) ;
  • Douleur de type non mécanique : douleur d’aggravation progressive, présente au repos et en particulier durant la nuit ;
  • Traumatisme important (telle qu’une chute de hauteur) ;
  • Perte de poids inexpliquée ;
  • Antécédent de cancer, présence d’un syndrome fébrile ;
  • Usage de drogue intraveineuse, ou usage prolongé de corticoïdes ;
  • Déformation structurale importante de la colonne ;
  • Douleur thoracique (rachialgies dorsales) ;
  • Âge d’apparition inférieur à 20 ans ou supérieur à 55 ans ;
  • Fièvre, altération de l’état général.

Parmi ces signes, le syndrome de la queue de cheval — associant typiquement des troubles du contrôle urinaire ou anal, une anesthésie de la région du périnée et un déficit moteur — constitue une urgence : il impose de consulter immédiatement. En présence de l’un de ces drapeaux rouges, il convient de demander rapidement un avis médical ; la kinésithérapie, elle, s’inscrit dans le cadre de la lombosciatique commune et d’un parcours de soins coordonné.

Pour aller plus loin

Information éducative fondée sur les recommandations (ANAES/HAS) et la littérature. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale.

Sources

  • ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé, devenue la HAS). Diagnostic, prise en charge et suivi des malades atteints de lombalgies et lombosciatiques communes de moins de trois mois d’évolution. Février 2000.
  • Haute Autorité de Santé. Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune (fiche mémo et recommandation de bonne pratique). 2019.

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