Rhumatismes inflammatoires (polyarthrite, spondylarthrite) : bouger en sécurité

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Auteur

William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).

En bref · TL;DR

  • Oui, on peut bouger avec un rhumatisme inflammatoire : l’activité physique est recommandée comme partie intégrante des soins habituels dans la polyarthrite rhumatoïde et la spondyloarthrite, compte tenu de son efficacité, de sa faisabilité et de sa sécurité (recommandations EULAR 2018, d’après PubMed).
  • L’exercice n’abîme pas les articulations : dans la méta-analyse qui a fondé ces recommandations, aucun effet délétère n’a été rapporté, ni d’augmentation de l’activité de la maladie (Rausch Osthoff 2018).
  • Côté polyarthrite, l’exercice aérobie améliore la fonction et la douleur et reste sûr ; il agit surtout sur les symptômes et la forme physique, pas directement sur l’inflammation (Ye 2022 ; Hurkmans 2009).
  • Côté spondyloarthrite, l’exercice est une pierre angulaire : il améliore l’activité de la maladie, la fonction, la mobilité et la fatigue (Zhang 2024 ; Pécourneau 2018).
  • L’exercice complète le traitement de fond (médicaments), il ne le remplace pas : la prise en charge se coordonne avec le rhumatologue, le kinésithérapeute aidant à adapter et à doser.

« Est-ce que je peux encore bouger ? » La question revient souvent après l’annonce d’une polyarthrite rhumatoïde ou d’une spondyloarthrite (anciennement spondylarthrite ankylosante). La crainte est légitime : par peur d’« user » des articulations déjà douloureuses, beaucoup réduisent leur activité. Pourtant, les données scientifiques pointent dans la direction inverse. Loin d’aggraver la maladie, une activité physique adaptée fait aujourd’hui partie des soins recommandés, aux côtés du traitement médical. Cet article fait le point, dans une perspective éducative, sur ce que l’on peut faire en sécurité, sur ce que l’exercice apporte réellement, sur la manière de gérer les poussées et la fatigue, et sur la place de chacun — rhumatologue et kinésithérapeute — dans le parcours de soins.

Note d’honnêteté : les bénéfices décrits ci-dessous portent sur la fonction, la douleur, la forme physique et la fatigue. Les preuves d’un effet de l’exercice sur l’activité biologique de la maladie (inflammation, marqueurs sanguins) sont, dans la polyarthrite, moins solides et non démontrées de façon significative. L’exercice accompagne le traitement de fond : il ne s’y substitue pas. Nous l’indiquons explicitement à chaque fois.

Puis-je faire du sport avec une polyarthrite ou une spondylarthrite ?

Oui : non seulement c’est possible, mais l’activité physique est recommandée comme une partie intégrante des soins, tout au long de la maladie. C’est la conclusion des recommandations européennes EULAR 2018 sur l’activité physique chez les personnes atteintes d’arthrite inflammatoire (polyarthrite rhumatoïde et spondyloarthrite) et d’arthrose (Rausch Osthoff et al., d’après PubMed) : compte tenu de son efficacité, de sa faisabilité et de sa sécurité, l’activité physique est préconisée comme élément du soin standard, à toutes les étapes de l’évolution. DOI (PMID 29997112).

Concrètement, les repères de santé publique servent de cap : viser de l’ordre de 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine (ou environ 75 minutes d’activité plus soutenue), complétées par du renforcement musculaire au moins 2 jours par semaine. Ces objectifs sont à individualiser selon la maladie, son activité du moment et l’état des articulations — et le texte des recommandations rappelle qu’une activité inférieure à ces seuils reste bénéfique pour qui ne peut pas (encore) les atteindre. L’idée n’est donc pas la performance, mais la régularité.

L’exercice n’abîme-t-il pas mes articulations ?

Non : les études ne retrouvent pas d’effet néfaste sur les articulations, et l’exercice n’augmente pas l’activité de la maladie. C’est la crainte la plus répandue, et c’est aussi celle que les données contredisent le plus nettement. La méta-analyse qui a servi de base aux recommandations EULAR (Rausch Osthoff et al., d’après PubMed) a réuni 63 essais randomisés (dont 49 analysés, près de 3 900 participants atteints de polyarthrite, de spondyloarthrite ou d’arthrose) : aucun effet délétère de l’activité physique n’y a été rapporté, et notamment aucune augmentation de l’activité de la maladie, quel que soit le type d’exercice. DOI (PMID 30622734).

Le constat se retrouve dans la revue Cochrane consacrée aux programmes d’exercice dynamique (aérobie et/ou renforcement) dans la polyarthrite rhumatoïde (Hurkmans et al., d’après PubMed) : « aucun effet délétère » n’a été retrouvé dans les études incluses. Les auteurs apportent toutefois une nuance d’honnêteté importante : la plupart des essais étaient trop courts pour conclure formellement sur un éventuel effet, à très long terme, sur les lésions articulaires. DOI (PMID 19821388). Autrement dit : les preuves disponibles sont rassurantes sur la sécurité, sans pouvoir prétendre à une garantie absolue sur des décennies. En pratique, c’est l’adaptation de la dose et le respect de la douleur qui font la différence, bien plus que l’abstention.

Type d’exerciceBénéfice principal (d’après les méta-analyses)Repères et prudence
Aérobie (endurance)
marche, vélo, natation
Améliore la capacité cardiovasculaire et la forme générale ; contribue à réduire la douleur (polyarthrite : Ye 2022).Intensité modérée, progressive. Privilégier les activités à faible impact (vélo, eau) si les articulations portantes sont douloureuses.
Renforcement musculaireAméliore la force et le soutien des articulations ; effet modéré et sûr (Rausch Osthoff 2018).Démarrer léger, augmenter par paliers. 2 séances par semaine ; éviter de forcer sur une articulation gonflée en poussée.
Mobilité et souplesse
amplitudes, étirements, posture
Entretien des amplitudes articulaires et de la mobilité du rachis (spondyloarthrite : Zhang 2024).Quotidien ou pluri-hebdomadaire. Mouvements doux, sans à-coups ; particulièrement utile pour la colonne dans la spondyloarthrite.

Repères généraux à visée éducative ; le programme adapté à votre situation est défini avec votre médecin et, le cas échéant, votre kinésithérapeute.

Vous êtes concerné par cette situation ? Nous pouvons en discuter directement : 06 13 36 35 92 (message vocal ou SMS) ou william.legendre@phoeniks.fr. Visites à domicile dans Paris intra-muros, sur prescription médicale.

Spondyloarthrite : quel rôle pour l’exercice ?

Dans la spondyloarthrite, l’exercice n’est pas un simple « plus » : c’est une pierre angulaire de la prise en charge, à côté — et non à la place — des médicaments. La maladie touche surtout la colonne et le bassin, avec un risque d’enraidissement ; entretenir la mobilité et la posture par un exercice régulier a donc un sens particulier. Une méta-analyse récente et robuste (Zhang et al., d’après PubMed), portant sur 20 essais randomisés et 1 670 patients atteints de spondyloarthrite axiale, retrouve une amélioration de la fonction (BASFI : différence moyenne −0,49), de l’activité de la maladie (BASDAI : −0,78 ; ASDAS : −0,44) et de la fatigue (taille d’effet −0,49), avec une faible hétérogénéité pour plusieurs de ces résultats. DOI (PMID 38942347).

Ces résultats confirment ceux d’une méta-analyse antérieure (Pécourneau et al., d’après PubMed), menée sur 8 essais et 331 patients : les programmes d’exercice y amélioraient l’activité de la maladie (BASDAI : différence moyenne pondérée −0,90) et la fonction (BASFI : −0,72), en faveur de l’exercice. DOI (PMID 28860095). La convergence de ces travaux, du plus ancien au plus récent, renforce le message : dans la spondyloarthrite, bouger régulièrement fait partie du traitement, et l’association souplesse + renforcement semble particulièrement utile pour la mobilité. Le détail du programme (intensité, gestes, rythme) gagne à être personnalisé avec un kinésithérapeute.

Comment gérer les poussées et la fatigue ?

Le principe est d’adapter la dose, pas d’arrêter totalement. Les rhumatismes inflammatoires évoluent par poussées, entrecoupées de périodes plus calmes, et s’accompagnent souvent d’une fatigue marquée. Face à une poussée, le réflexe d’immobilisation complète est compréhensible, mais l’arrêt total et prolongé expose au déconditionnement (perte de force, de souplesse et de confiance dans le mouvement). L’enjeu est de moduler : réduire l’intensité et le volume lors des phases actives, préserver des mouvements doux de mobilité, puis reprendre progressivement en période d’accalmie.

Quelques repères pratiques :

  • En poussée : alléger plutôt qu’arrêter — privilégier mobilité douce et activités à faible impact, dans la limite de la douleur, et solliciter en priorité les articulations non enflammées.
  • Contre la fatigue : l’exercice peut paradoxalement aider. Dans la spondyloarthrite, la méta-analyse de Zhang 2024 retrouve une réduction de la fatigue avec l’exercice (taille d’effet −0,49). DOI (PMID 38942347).
  • En période calme : réinstaller progressivement endurance et renforcement, par paliers, pour reconstruire les capacités sans à-coups.

La douleur reste un repère d’ajustement utile : une gêne transitoire qui s’estompe après l’effort est habituelle, tandis qu’une douleur vive et durable invite à diminuer et à en parler à son médecin ou à son kinésithérapeute. Toute modification importante du traitement ou des symptômes relève d’un avis médical.

« L’activité physique et sa promotion, conformément aux recommandations de santé publique, sont efficaces et devraient faire partie intégrante des soins habituels, tout au long de l’évolution de la maladie, chez les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde, de spondyloarthrite et d’arthrose de hanche ou de genou. »

D’après Rausch Osthoff AK et al., revue systématique et méta-analyse ayant fondé les recommandations EULAR 2018, RMD Open (d’après PubMed). DOI (PMID 30622734).

Qui coordonne : rhumatologue, kinésithérapeute ?

Le traitement de fond reste piloté par le rhumatologue : l’exercice le complète, il ne le remplace jamais. Les rhumatismes inflammatoires se traitent par des médicaments de fond (DMARDs conventionnels, biothérapies) qui agissent sur le mécanisme de la maladie. C’est là que se joue le contrôle de l’inflammation — et c’est précisément ce que l’exercice ne fait pas à lui seul. La méta-analyse de Ye 2022 sur l’exercice aérobie dans la polyarthrite (d’après PubMed) est explicite : l’exercice améliore la fonction (différence moyenne −0,25) et la douleur (taille d’effet −0,46) et se montre sûr, mais il n’a pas modifié de façon significative l’activité de la maladie ni les marqueurs d’inflammation. DOI (PMID 35123568). C’est tout l’intérêt d’une approche combinée : le médicament agit sur l’inflammation, l’exercice sur la fonction, la douleur, la forme et la fatigue.

Dans ce parcours, le masseur-kinésithérapeute intervient en complément du suivi rhumatologique : il aide à adapter et doser l’activité selon l’état de la maladie, à entretenir mobilité, force et posture, à moduler en cas de poussée et à reprendre en sécurité. À domicile, cet accompagnement peut faciliter la régularité, qui est le vrai facteur de bénéfice. La coordination entre médecin traitant, rhumatologue et kinésithérapeute permet d’ajuster l’ensemble au fil de l’évolution — chacun dans son rôle, autour d’un même objectif : maintenir l’autonomie et la qualité de vie.

Pour aller plus loin

Information éducative fondée sur la littérature scientifique (revues systématiques et méta-analyses). Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale. Les rhumatismes inflammatoires nécessitent un suivi médical spécialisé ; l’activité physique complète le traitement de fond et doit être adaptée à votre situation par votre médecin et votre kinésithérapeute. Toute modification de votre traitement ou de vos symptômes justifie un avis médical.

Sources

  • Rausch Osthoff AK, Niedermann K, Braun J, et al. 2018 EULAR recommendations for physical activity in people with inflammatory arthritis and osteoarthritis. Ann Rheum Dis. 2018 (d’après PubMed). DOI (PMID 29997112).
  • Rausch Osthoff AK, Juhl CB, Knittle K, et al. Effects of exercise and physical activity promotion: meta-analysis informing the 2018 EULAR recommendations for physical activity in people with rheumatoid arthritis, spondyloarthritis and hip/knee osteoarthritis. RMD Open. 2018 (d’après PubMed). DOI (PMID 30622734).
  • Ye H, Weng H, Xu Y, et al. Effectiveness and safety of aerobic exercise for rheumatoid arthritis: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Sports Sci Med Rehabil. 2022 (d’après PubMed). DOI (PMID 35123568).
  • Hurkmans E, van der Giesen FJ, Vliet Vlieland TPM, et al. Dynamic exercise programs (aerobic capacity and/or muscle strength training) in patients with rheumatoid arthritis. Cochrane Database Syst Rev. 2009 (d’après PubMed). DOI (PMID 19821388).
  • Zhang M, Liang Z, Tian L, et al. Effects of Exercise Therapy in Axial Spondyloarthritis: A Systematic Review, Meta-analysis, and Meta-regression of Randomized Trials. Arch Phys Med Rehabil. 2024 (d’après PubMed). DOI (PMID 38942347).
  • Pécourneau V, Degboé Y, Barnetche T, et al. Effectiveness of Exercise Programs in Ankylosing Spondylitis: A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Arch Phys Med Rehabil. 2018 (d’après PubMed). DOI (PMID 28860095).

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