Cervicalgie : exercices, mobilité et ce que recommandent les preuves

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Auteur

William Legendre, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État (RPPS 10101730967), spécificité ordinale « Rééducation en neurologie ». Master 2 Neurosciences du mouvement (UPEC), Master 2 SMSDS — Statistique, Modélisation et Science des Données en Santé (Sorbonne Université). Chef de projet kinésithérapeute à l’Institut de Myologie (Pitié-Salpêtrière, programme GenoTher).

En bref · TL;DR

  • Dans la cervicalgie commune, les recommandations placent les exercices actifs et le maintien d’une vie normale au cœur du traitement ; le repos strict prolongé n’est pas indiqué (HAS/ANAES, 2003).
  • Pour la douleur chronique du cou, le renforcement des muscles du cou, des épaules et de la région scapulo-thoracique réduit la douleur ; les étirements seuls n’apportent pas de bénéfice attendu (Cochrane, Gross et al., 2016).
  • La thérapie manuelle (mobilisations, manipulations) a un intérêt à court terme, surtout combinée aux exercices, plutôt qu’employée isolément (HAS/ANAES, 2003 ; OPTIMa, Côté et al., 2016).
  • Après un coup du lapin (whiplash), il est recommandé de rester actif et de ne pas immobiliser le cou avec un collier de façon prolongée (OPTIMa, 2016 ; Mourad et al., 2021).
  • L’éducation et la réassurance — comprendre le caractère le plus souvent bénin et la place du mouvement — font partie intégrante de la prise en charge.

La cervicalgie désigne l’ensemble des douleurs de la région du cou. On parle de cervicalgie « commune » (ou non spécifique) lorsque l’examen médical ne retrouve pas de cause précise nécessitant un traitement particulier ; le « coup du lapin » (whiplash), lui, regroupe les douleurs cervicales survenant après une accélération brutale de la tête, typiquement lors d’un choc en voiture. Dans les deux situations, les recommandations officielles convergent vers une même logique : rester actif, bouger le cou, renforcer progressivement, et réserver l’immobilisation à de très courtes périodes. Cet article fait le point sur ce que disent les preuves, sans se substituer à un avis médical.

Faut-il bouger ou se reposer quand on a mal au cou ?

Il est recommandé de rester actif et de maintenir le mouvement ; le repos strict prolongé n’est pas indiqué. Les recommandations françaises précisent que l’immobilisation ou la mise au repos de la région cervicale doit être d’un usage bref, de l’ordre de deux à trois jours, et uniquement pendant les épisodes de cervicalgie aiguë (HAS/ANAES, 2003). Au-delà, la priorité est de retrouver une bonne mobilité et de reprendre les activités quotidiennes. Les recommandations canadiennes OPTIMa vont dans le même sens : il convient d’expliquer au patient le caractère le plus souvent bénin et spontanément résolutif de la cervicalgie, ainsi que l’importance de maintenir l’activité et le mouvement (Côté et al., 2016).

Autrement dit, l’ancienne idée d’« immobiliser pour protéger » a largement laissé place à une approche active. Cela ne veut pas dire forcer dans la douleur, mais éviter l’enraidissement et la perte de confiance dans le mouvement, qui peuvent eux-mêmes entretenir les symptômes.

Quels exercices sont soutenus par les preuves ?

Le renforcement musculaire ciblé du cou, des épaules et de la région scapulo-thoracique est l’approche la mieux étayée pour la cervicalgie chronique. Une revue Cochrane consacrée aux exercices dans les troubles cervicaux mécaniques (Gross et al., 2016) conclut, avec un niveau de preuve qualifié de « modéré » (GRADE), que le renforcement des muscles cervico-scapulo-thoraciques et du membre supérieur réduit la douleur de façon modérée à importante immédiatement après le traitement et à court terme. Des exercices combinés de renforcement et d’étirement du cou, de l’épaule et de la région scapulo-thoracique amélioraient la douleur et la fonction à long terme.

Point important : selon cette même revue, les étirements utilisés seuls n’apportaient pas de bénéfice démontré. C’est donc le renforcement actif, et non l’étirement isolé, qui porte l’essentiel du bénéfice. Les recommandations françaises soulignent par ailleurs que, dans la cervicalgie chronique, les exercices actifs intensifs ne paraissent pas nécessairement supérieurs aux techniques actives plus simples (HAS/ANAES, 2003). En pratique, la régularité et l’adaptation à chaque personne comptent davantage que l’intensité.

  • Renforcement des muscles profonds du cou et des fléchisseurs/extenseurs cervicaux.
  • Renforcement scapulo-thoracique et des épaules, souvent associé au travail cervical.
  • Travail de mobilité du rachis cervical (amplitudes en flexion, extension, rotations, inclinaisons).
  • Rééducation oculo-cervicale et repositionnement de la tête, recommandée pour les patients cervicalgiques (HAS/ANAES, 2003).

La thérapie manuelle est-elle utile dans la cervicalgie ?

Oui, à court terme et surtout en complément des exercices, plutôt qu’employée seule. Les recommandations françaises considèrent les techniques de gain de mobilité — mobilisations actives, passives, contracté-relâché — comme recommandées. Les manipulations vertébrales cervicales ont montré une efficacité à court terme dans plusieurs essais contrôlés, le plus souvent dans le cadre d’associations de traitements ; leurs effets indésirables sont peu fréquents mais potentiellement graves, ce qui impose un interrogatoire et un examen clinique méthodiques au préalable (HAS/ANAES, 2003).

Les recommandations OPTIMa décrivent de la même façon une prise en charge multimodale, associant exercices de mobilité et thérapie manuelle (mobilisation ou manipulation), parmi les options pouvant être proposées pour les troubles cervicaux récents comme persistants (Côté et al., 2016). L’idée commune est que la thérapie manuelle prépare le mouvement, mais que l’exercice actif reste le levier durable.

Coup du lapin : faut-il porter un collier cervical ?

Non, le port prolongé d’un collier cervical n’est pas recommandé après un coup du lapin : il vaut mieux rester actif. Les recommandations OPTIMa indiquent explicitement de ne pas proposer de collier cervical dans les troubles associés à la cervicalgie, y compris après traumatisme, faute d’efficacité démontrée (Côté et al., 2016). Côté français, l’immobilisation apportée par les colliers est jugée faible et ne doit, le cas échéant, être que brève (HAS/ANAES, 2003).

Une étude observationnelle menée dans deux services d’urgences italiens va dans ce sens : chez des patients vus en phase aiguë de coup du lapin, l’usage d’un collier cervical souple était associé à un risque accru de retour aux urgences dans les trois mois (odds ratio ajusté de 3,42 ; après appariement par score de propension, odds ratio de 4,31). Les auteurs concluent que la pose du collier est une pratique non recommandée, semblant liée à un retard de récupération (Mourad et al., 2021). À l’inverse, plusieurs essais ont montré un bénéfice à court terme de la mobilisation active appliquée précocement, à condition d’avoir d’abord écarté une lésion grave par un examen soigneux (HAS/ANAES, 2003).

Un préalable essentiel demeure : après un traumatisme, et en cas d’évolution prolongée ou d’apparition de signes nouveaux (neurologiques notamment), il est recommandé de réadresser la personne au médecin pour réévaluation et, si besoin, imagerie (HAS/ANAES, 2003 ; Côté et al., 2016).

Que recommandent les preuves selon la situation ?

Le tableau ci-dessous résume les grandes orientations issues des recommandations. Il s’agit de repères généraux ; la conduite à tenir est toujours adaptée individuellement après examen.

ApprocheCe que disent les recommandationsSource
Rester actif / mouvementRecommandé ; repos strict bref (2-3 jours) en phase aiguë seulementHAS/ANAES, 2003 ; OPTIMa, 2016
Exercices de renforcement (cou, épaules, scapula)Réduisent la douleur dans la cervicalgie chronique (preuve modérée, GRADE)Cochrane, Gross et al., 2016
Étirements seulsAucun bénéfice attendu s’ils sont utilisés isolémentCochrane, Gross et al., 2016
Thérapie manuelle (mobilisations, manipulations)Effet à court terme, surtout en complément des exercicesHAS/ANAES, 2003 ; OPTIMa, 2016
Collier cervical (whiplash)Non recommandé en usage prolongé ; immobilisation faibleOPTIMa, 2016 ; Mourad et al., 2021
Éducation et réassurancePartie intégrante de la prise en chargeOPTIMa, 2016

Pourquoi l’éducation et la réassurance comptent-elles autant ?

Parce que comprendre sa douleur et la place du mouvement fait partie du traitement, pas d’un simple « à-côté ». Les recommandations OPTIMa demandent aux cliniciens d’éduquer et de rassurer les patients sur le caractère le plus souvent bénin et spontanément résolutif des cervicalgies de grades I à III, et sur l’importance de maintenir activité et mouvement (Côté et al., 2016). Cette information loyale aide à lever la peur de bouger, qui peut sinon entretenir l’enraidissement et la douleur.

Concrètement, une prise en charge éducative s’accompagne d’explications sur le déroulement attendu, de conseils de reprise progressive des activités, et souvent d’un programme d’auto-exercices à poursuivre à domicile pour entretenir mobilité et force (HAS/ANAES, 2003).

« Les cliniciens devraient éduquer et rassurer les patients sur la nature bénigne et spontanément résolutive de l’évolution habituelle des troubles cervicaux de grades I à III, et sur l’importance de maintenir l’activité et le mouvement. »

OPTIMa Collaboration (Côté et al.), European Spine Journal, 2016

Pour aller plus loin

Information éducative fondée sur les recommandations (HAS, sociétés savantes) et la littérature. Ne se substitue pas à un diagnostic ni à une consultation médicale.

Sources

  • HAS / ANAES. Masso-kinésithérapie dans les cervicalgies communes et dans le cadre du « coup du lapin » ou whiplash — Recommandations pour la pratique clinique. 2003.
  • Gross A, Paquin JP, Dupont G, et al. Exercises for mechanical neck disorders: A Cochrane review update. Manual Therapy. 2016;24:25-45.
  • Côté P, Wong JJ, Sutton D, et al. Management of neck pain and associated disorders: A clinical practice guideline from the OPTIMa Collaboration. European Spine Journal. 2016;25(7):2000-2022.
  • Mourad F, Rossettini G, Galeno E, et al. Use of soft cervical collar among whiplash patients in two Italian emergency departments is associated with persistence of symptoms. Healthcare (Basel). 2021;9(10):1363.

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