Kinésithérapie de la sclérose en plaques à domicile à Paris

Auteur : William Legendre, MK DE · RPPS 10101730967

Spécificité ordinale : Rééducation en neurologie

Mis à jour le

Quel rôle pour la kinésithérapie dans la SEP en 2025 ?

Le paysage de la sclérose en plaques a été transformé par l’arrivée des traitements de fond hautement actifs (ocrélizumab, ofatumumab, fingolimod de seconde génération, BTK-inhibiteurs en cours de phase III). La maladie est aujourd’hui mieux contrôlée sur le plan inflammatoire, ce qui déplace le centre de gravité de la prise en charge vers la gestion des symptômes résiduels et la prévention de la dégénérescence axonale. Les recommandations ECTRIMS-EAN 2018 (Montalban) et la mise à jour 2023 reconnaissent l’exercice physique comme une intervention de fond, avec un effet potentiellement disease-modifying chez certains profils (Dalgas 2019, Riemenschneider 2018).

Les deux symptômes invalidants au premier plan en libéral sont la fatigue (présente chez 75 à 90 % des patients) et les troubles de la marche. La spasticité, les troubles vésico-sphinctériens, les troubles cognitifs et la douleur neuropathique nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire dont la kinésithérapie est un axe.

Quels protocoles d’exercice sont validés ?

  • Exercice aérobie — méta-analyse Latimer-Cheung 2013, recommandations Canadian Physical Activity Guidelines for MS : 30 minutes d’intensité modérée 2 à 3 fois par semaine. Effet sur VO₂peak, fatigue (MFIS), qualité de vie.
  • Renforcement progressif — Kjølhede méta-analyse 2012, mise à jour 2018 : effet sur la force, la marche et la fatigue, sans aggravation des symptômes (contrairement à la croyance ancienne).
  • Exercice combiné aérobie + résistance — modèle GEMS et études MS-fit, AustralianMS-fit : supériorité sur la marche et la fatigue comparé à chaque modalité isolée.
  • Exercice à haute intensité (HIIT) en SEP — Wens 2015, Zaenker 2018 : tolérance prouvée chez les patients EDSS ≤ 4, gains cardiorespiratoires et fatigue supérieurs à intensité modérée.
  • Tâches d’équilibre et entraînement vestibulaire — méta-analyse Gunn 2015, programmes type CoDuSe : amélioration Berg, Mini-BESTest, prévention chute.
  • Yoga et Pilates adaptés — Cramer 2014 (méta-analyse) : effet modeste mais significatif sur la fatigue et la qualité de vie.
  • Refroidissement (cooling) avant l’effort — pour les patients sensibles à la chaleur (phénomène d’Uhthoff) : douche tiède pré-séance, gilet de refroidissement, pratique en environnement frais.

La gestion de la fatigue : pacing et économie d’énergie

La fatigue de la SEP est multidimensionnelle (centrale, périphérique, cognitive). Le programme FACETS (Thomas 2013) et l’approche cognitive-comportementale (van Kessel 2008) ont démontré leur efficacité. La kinésithérapie y contribue par : (1) éducation au pacing (alterner activité-repos pour éviter le crash), (2) entraînement aérobie progressif qui paradoxalement réduit la fatigue à moyen terme, (3) optimisation des transferts et des aides techniques pour réduire le coût énergétique des activités quotidiennes.

Échelles cliniques utilisées

  • EDSS (Expanded Disability Status Scale) — référence neurologique, score 0-10. Note recueillie par le neurologue. La rééducation conserve un sens fonctionnel à tous les stades, avec adaptation des objectifs.
  • Timed 25-Foot Walk (T25-FW) — vitesse de marche sur 7,6 m. MCID 20 % ou 0,5 s. Composante motrice du MSFC.
  • 9-Hole Peg Test — dextérité manuelle. MCID 20 % ou 4 s. Composante manuelle du MSFC.
  • Fatigue Severity Scale (FSS) et Modified Fatigue Impact Scale (MFIS) — fatigue subjective. Score FSS ≥ 4/7 = fatigue cliniquement significative.
  • 6-Minute Walk Test — endurance. MCID 21,6 m chez SEP (Bennett 2017).
  • Mini-BESTest — équilibre dynamique. Sensible aux progrès en rééducation chez SEP avec EDSS ≤ 6.
  • MSWS-12 — Multiple Sclerosis Walking Scale, perception du handicap à la marche. Auto-questionnaire validé.

Questions fréquentes — SEP

L’exercice peut-il déclencher une poussée ?

Non. La revue Pilutti 2014 et les recommandations ECTRIMS confirment que l’exercice n’augmente pas le risque de poussée. Le mythe historique provient d’une confusion avec le phénomène d’Uhthoff (aggravation transitoire des symptômes par la chaleur ou l’effort, sans inflammation), qui régresse au repos en moins de 24 h.

Quel niveau d’intensité est sûr selon mon stade EDSS ?

Les guidelines canadiennes 2020 recommandent : EDSS 0-3,5 → activité modérée à vigoureuse, 30 min × 2/semaine ; EDSS 4-6 → activité modérée adaptée, focus équilibre + endurance ; EDSS 6,5-8,5 → kinésithérapie individualisée, prévention contractures, transferts. À tout stade, l’absence d’exercice est délétère.

Comment gérer la spasticité ?

Étirements lents prolongés (2 min minimum, plusieurs fois par jour), postures, renforcement des antagonistes. En lien avec le neurologue, traitement médicamenteux (baclofène oral, gabapentine, dans les formes sévères pompe à baclofène intrathécale ou injections de toxine botulique focalisées). La kinésithérapie post-injection est un facteur clé d’efficacité (Wissel 2017).

L’exercice peut-il modifier l’évolution de la maladie ?

Les données précliniques montrent un effet protecteur de l’exercice sur la myéline (Mandolesi 2017, méta-analyse animale). Chez l’humain, les essais cliniques en cours évaluent l’exercice à haute intensité comme co-thérapie potentiellement disease-modifying. La position prudente actuelle des sociétés savantes : l’exercice est sûr, améliore les symptômes mesurables, et son éventuel effet neuroprotecteur est encore en cours d’évaluation.

Sources

  • Montalban X et al. ECTRIMS-EAN guideline on the pharmacological treatment of people with multiple sclerosis. Mult Scler J, 2018, mise à jour 2023.
  • Latimer-Cheung AE et al. Effects of exercise training on fitness, mobility, fatigue, and health-related quality of life among adults with multiple sclerosis: a systematic review. Arch Phys Med Rehabil, 2013.
  • Riemenschneider M et al. Is there an overlooked “window of opportunity” in MS exercise therapy? Mult Scler J, 2018.
  • Dalgas U et al. Exercise as medicine in multiple sclerosis. Curr Neurol Neurosci Rep, 2019.
  • Mandolesi G et al. Voluntary running wheel attenuates motor deterioration and brain damage in cuprizone-induced demyelination. Neurobiol Dis, 2017.
  • Wens I et al. High-intensity training in MS: feasibility and effects on cardiorespiratory fitness and brain volume. Mult Scler J, 2015.

Information éducative fondée sur la littérature scientifique et les recommandations de la Haute Autorité de Santé. Ne se substitue pas à un diagnostic médical ni à une consultation. Sur prescription d’un médecin.